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 "La grande amitié n'est jamais tranquille"

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William T. Taliesin


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MessageSujet: "La grande amitié n'est jamais tranquille"   Sam 1 Sep - 21:26


La grande amitié n'est jamais tranquille


W
illiam était resté un long instant immobile, la main sur le couteau qui s'était solidement planté dans l'assise de la chaise. Il écoutait attentivement les sons qui parvenaient jusqu'à ses oreilles, guettant tout indices témoignant du retour de sa visiteuse. Ce n'est qu'après plusieurs minutes d'écoulées qu'il s'anima à nouveau en achevant de dégager la lame de son logement de bois. Ceci fait et ignorant le mal de crâne qui pulsait avec vigueur dans son crâne, il entreprit de couper les bandes adhésives qui retenaient ses pieds. Le fait d'avoir une main de libre ne simplifia pas vraiment la chose mais il n'eut pas à s'attarder sur cette besogne trop longtemps. Ses jambes à nouveau libres, Will descendit de la chaise en faisant glisser la menotte jusqu'au bas de la chaise pour se dégager avant de pouvoir vraiment se redresser. Une fois sur ses pieds il laissa divaguer son regard sur la pièce et malgré le léger "hagarement" qu'il ressentait suite aux deux coup successif portés à sa tête une idée fixe s'implanta dans son esprit: faire le tour de l'appartement pour voir si rien n'avait bougé, si rien n'avait disparu, ou n'était apparu. C'est ainsi que, couteau encore en main, il alla repousser la porte d'entrée et entreprit de faire le tour du propriétaire. Lorsqu'il passa dans sa chambre il eut tout le loisir de constater que le félin qui lui tenait compagnie se prélassait sans remords sur son lit, mais ce fut le passage dans la salle de bain qui le renfrogna réellement. Il observa d'un regard morne sa tempe qui commençait à arborer une délicate tempe violacée, relevé par un filet de sang qui s'était trouvé un chemin jusqu'à sa pommette. Sa mâchoire avait aussi le droit à une couleur sensiblement moins sombre que sa voisine et que dire de sa chemise tâché de sang qu'il s'empressa de retirer. Toujours menotte au poignet il se contenta de nettoyer les traces de sang sur son visage et son torse, en s'attardant tout de même un peu plus sur cette dernière blessure qui n'avait pas encore finit de saigner. Will finit par improviser un pansement avant d'enfiler un simple tee-shirt et de s'occuper de cette menotte quelque peu dérangeante. Il mit plus de temps à trouver de quoi crocheter la serrure qu'à l'ouvrir mais bientôt il eut la satisfaction de pouvoir la jeter sur le plan de travail de la cuisine, rejoignant ainsi le poignard de la demoiselle.

I
l allait probablement devoir prendre une décision, sa vie à New-York était définitivement compromise, si cette illustre inconnue avait pu le retrouver nul doute que d'autres suivraient ... Et pourtant il se sentait incapable de prendre cette décision, il ne pouvait s'y résoudre malgré la raison qui ne plaidait quand la faveur de la fuite. Will finit par chasser de son esprit cette réflexion trop tortueuse pour sa tête toujours douloureuse et reprit machinalement le cour de sa petite vie si fragile. Il alla récupérer une des poches laissées à l'entrée, s'arrêta pour récupérer les bandes adhésives et les mettre à la poubelle avant d'engager le rangement de ses courses. Mais cette activité ne fut pas assez "passionnante" pour qu'il en oublie ce qui venait de se passer. Après deux ans, il avait vraiment osé espérer que ce genre de choses était derrière lui ... La lassitude et la fatigue l'empoignèrent subitement lorsqu'il songea qu'il ne pourrait jamais sortir de ces histoires sombres et secrètes. Il s'assit sur une des chaises de la cuisine et resta immobile quelques instants, le front appuyé contre une main. Ce n'est que lorsqu'un ronronnement, arrivant du salon et débarquant dans l'espace carrelé de la cuisine avant de faire le tour de ses jambes se fit entendre qu'il rouvrit les yeux pour observer le chartreux gris qui réclamait sagement sa ration du soir.

    ▬ " Tu ne perds pas le nord toi ... "

W
illiam laissa l'animal ronronner quelques instants avant de se décider à se lever. Bien évidemment ce mouvement attira les miaulements du félin qui appréciait sa victoire. Will se dirigea vers le meuble qui dissimulait les croquettes et laissa tinter les aliments secs dans la gamelle métallique du chat qui ne tarda pas à mettre son museau dedans en ronronnant de satisfaction. Ce n'est qu'une fois redressé que son regard capta la silhouette qui s'était dessiné dans le salon et qui l'observait. Reconnaissant June William eut un instant de flottement et ce n'est que lorsqu'il lu la vision de son visage un peu amoché dans le regard de la jeune femme qu'il se détourna pour ranger le sac de granulés.

    ▬ " June !
    Je ... Je ne me souvenais pas que tu devais passer ... "

P
our tout dire, il était même certain que rien de ce genre n'était prévu mais ce genre d'initiative n'était pas rare que ce soit de la part de la demoiselle ou de la sienne. Mais pour la première fois il aurait préféré éviter ce genre de surprise. À nouveau sous le coup de l'adrénaline, Will dû faire un effort pour paraître naturel en se retournant vers la jeune femme avec un léger sourire. Il avait été toujours grès à cette dernière de ne jamais poser de questions dérangeantes malgré les multiples prétextes et occasions qu'elle avait pu avoir mais là ce serait trop lui demander et son esprit mettait déjà le doigt sur une explication plausible de son état.
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June N. Dolorye


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MessageSujet: Re: "La grande amitié n'est jamais tranquille"   Dim 2 Sep - 9:58


June & William

« Là où est le danger, là est ce qui sauve. »
- Friedrich Hölderlin




ç'aurait pu être une journée comme les autres. Une journée banale, comme tant de personnes en vivent. Honnêtement, en se levant ce matin-là, June n'aurait jamais cru vivre autre chose qu'une de ces tranches d'existence rondement menées quoi que connues à l'avance de bout en bout, selon le principe du "métro-boulot-dodo" bien connu. Il s'agissait sans doute du propre de la vie : faire sauter vos certitudes là où vous vous croyiez auparavant en terrain pleinement connu.

Décrire par le menu ce que l'archéologue fit de sa première partie de journée n'aurait rien apporté de captivant, rien qui ne puisse être comparable à ce que d'étranges concours de circonstances lui imposeraient par la suite. Dans quelques semaines, elle se trouverait face à un amphithéâtre de plus de cent places à l'Université de Yale afin d'y participer à un forum où maints spécialistes viendraient présenter aux excellents étudiants de cette institution leurs différents parcours. New Haven n'étant tout de même pas encore vraiment la porte à côté, une certaine organisation devait se mettre en place, à laquelle miss Dolorye s'était attelée en avance, de crainte d'oublier quelque chose dans sa valise ou de ne tomber sur des hôtels sans chambres libres au plus près du campus. Tout en rédigeant un mail depuis son appartement au Doyen, un homme d'un certain âge infiniment agréable et d'une culture générale impressionnante, la jeune femme sourit en pensant que ce serait sa première vraie "escapade" loin de son domicile depuis deux ans, depuis que New-York était devenu pratiquement son lieu de résidence permanent. Et pour la première fois de la journée, ses pensées l'amenèrent par leur fil inconscient à songer à Benjamin : le temps avait filé tellement vite depuis leur première rencontre ! Pour sûr, cela lui ferait assez bizarre de repartir en vadrouille, même pour seulement quelques jours, à elle qui s'était habitué à croiser l'Américain presque tous les jours. Ce serait un petite aventure, mais sans lui, ce qui lui ôtait, avouons-le, un peu de charme.

Allongée à plat ventre sur son lit, June s'arma de courage avant de débuter le discours qu'elle présenterait lors du premier soir du colloque, un texte qui devrait tenir son public en haleine durant dix bonnes minutes, à la fois clair et concis pour la présenter, mais également un minimum drôle et attrayant pour que sa spécialité gagne des points auprès des étudiants. Ce serait un peu comme une amicale gué-guerre entre les différents intervenants, comme s'ils représentaient brusquement l'ensemble de leur profession dont ils comptaient bien porter haut les couleurs. Cela plaisait à June, qui aimait son métier au point de le rendre communicatif, au point de pouvoir vous en parler durant des heures, entre ses périples, ses découvertes, ses connaissances et quantités d'anecdotes ; tout le problème résidait dans le choix de l'essentiel, qui devrait tenir dans le temps imparti. Ses doigts pianotaient vivement sur le clavier, effaçant ce qui venait d'être écrit pour changer la tournure d'une phrase ou ajouter un passage, son esprit vaquant de son côté à d'autres sujets, le soleil inondant sa chambre n'aidant pas vraiment à se concentrer sur une tâche la contraignant à demeurer enfermée. On ne pouvait pas dire que la Néo-Zélandaise s'avérait être une femme immensément occupée -c'était d'ailleurs son jour de repos-, mais il n'empêchait que rester immobile à faire toute la journée la même chose n'avait jamais été sa tasse de thé, caractéristique que même la naissance d'une pseudo vie sédentaire n'avait pu complètement effacer. Rapidement, l'envie de passer à autre chose la titilla, la poussant vers une langueur quasi féline, de ces désirs sirupeux de rêvasser qui vous plongent sans que vous ne vous en rendiez compte en de mornes contemplations sans fin. Ainsi, le cliquetis des touches s'espaça pour disparaitre, tandis que l'écrivaine en herbe laissa l'extérieur avaler son attention, son corps se détendant sur les couvertures chauffées par les rayons solaires. Le bruit de la ville avait quelque chose de relaxant dans sa diversité et sa perpétuelle présence, comme un rappel tranquillisant de la présence de milliers d'autres personnes. Dans celles-ci comptaient bien sûr des voleurs, des assassins, des menteurs, et même bien pire, des espions ; autant d'aspects que June ne voyait pas, au profit d'un avis globalement positif sur cette journée qui n'en aurait bientôt même plus l'illusion.

Elle déjeuna sur le pouce d'une salade, et tout en regagnant sa chambre -enfin, un peu de sérieux tout de même, cette introduction n'allait pas s'écrire toute seule-, son regard fut attiré par sa table de chevet, sur laquelle reposait un livre à la couverture bleu nuit. Un roman policier, un livre que lui avait prêté un ami. Pour la seconde fois, elle pensa à Ben, avec lequel s'était installé un vrai "trafic" de livres, grâce auquel tous deux découvraient ou redécouvraient de bons auteurs pas toujours mondialement célèbres. Dolorye avait tourné la dernière page de l'ouvrage il y avait peu, et soudain, son devoir de rendre ce qui ne lui appartenait pas apparut comme une excellente excuse pour faire l'école buissonnière. Ni une ni deux, elle passa un jean dans lequel elle rentra négligemment le bas de sa chemise bien trop large pour elle, avant d'enfiler une paire de baskets de ville, d'attraper aussi bien relié que clefs, et de prendre la poudre d'escampette, laissant sa page Word lui lancer mille et une imprécations silencieuses. Sous cette légèreté née de l'idée de croiser Strickland, elle venait sans doute d'avoir la pire idée possible, de commettre l'irréparable, ce que pourtant J ignorait aussi parfaitement que tragiquement, toute portée par sa bonne humeur qu'elle était.

L'avantage, avec le fait d'habiter dans le même quartier que son meilleur ami, se révélait bien sûr le peu de distance séparant leurs deux domiciles respectifs. Ainsi, inspirant l'air du dehors, la demoiselle débuta d'un bon pas le trajet qui la mènerait jusqu'à l'appartement du professeur, et qu'elle aurait pu parcourir les yeux fermés. Fi des relents de pots d'échappement, tellement éloignés de l'air pur des montagnes ou de la bise marine ! Elle avait décidé encore ce jour-là de prendre les choses du bon côté, et rien n'aurait su entailler son entrain. Rien que June ait pu imaginer, s'entend. Sa main droite portant le relié battant doucement contre sa jambe, l'archéologue visualisait déjà ce qui allait advenir, Strickland qui lui ouvrirait la porte, son sourire, l'agencement de son appartement dont elle se rappelait avec précision du fait du temps conséquent qu'elle y avait déjà passé. Peut-être iraient-ils faire un tour, peut-être resteraient-ils sur le canapé à bavarder comme des ados, allez savoir, tout lui convenait, puisque ce serait forcément un bon moment. Forcément. Quelles certitudes aveuglées par leur innocence.

Dans le hall de l'immeuble, à l'instar de l'agente russe, Jay tomba sur Thomas, avec qui elle fit un brin de causette : depuis le temps que le portier la voyait passer, ils avaient fini par sympathiser, ce qui arrivait à à peu près 80% des personnes la croisant. Ils parlèrent d'un peu tout et rien, la voyageuse s'informant de la santé de sa famille, si ça ne lui pesait pas un peu d'être coincé là par un si beau temps. Thomas lui demanda si elle venait voir Mr Strickland et son interlocutrice ne put nier, ne remarquant pas le petit air entendu de l'employé : il était clair que le brave Thomas devinait ce que certains n'avaient pas encore remarqué. Ils se quittèrent avec de grands sourires, ayant fait gagné à l'hôte de la scientifique de précieuses minutes, et June s'attaqua courageusement à la conséquente volée de marches qui l'amènerait jusqu'au quatrième, ayant assez d'énergie à revendre pour savourer ce petit exercice citadin. Retarder un peu leur rencontre ne ferait qu'ingénument accroître un brin sa propre impatience, ça ne ferait de mal à personne...

Ce fut encore et toujours souriante qu'elle voulut frapper à la porte, sourire qui fondit comme neige au soleil lorsqu'au contact de ses doigts, le battant s'ouvrit de lui-même. Après tout, Ben aurait pu avoir un problème de serrure, ou avoir tout simplement oublié de tirer la sécurité ; cependant, cela ne lui ressemblait pas, lui qui était toujours si soigneux, et sans savoir pourquoi June eut comme un mauvais pressentiment, de ces alertes instinctives nées d'une part animale de l'être humain écrasée sous des tonnes de modernité et de raison savante. Quelque chose ne tournait pas rond.

-Benjamin ? appela-t-elle doucement en passant le seuil.

Bah, elle se faisait certainement des idées... Un sac plastique rempli de victuailles lui barra la route, comme abandonné : sa petite voix intérieure s'en empara, faisant monter d'un cran un début d'inquiétude fort semblable à un départ de feu de forêt, ténu et pourtant tellement potentiellement destructeur.

Au salon, la visiteuse ne trouva non plus âme qui vive, et progressivement, cette journée si bien commencée se détériora vitesse grand V, approchant du fond alors que sa pointe d'angoisse se faisait plus précise, plus insidieuse. Une part d'elle, drapée de logique et de réserve, tâchait de calmer le jeu en assurant à qui voulait l'entendre que tout ceci n'était en réalité certainement pas aussi inhabituel que ça en avait l'air, qu'il y avait une raison tout à fait banale à tout ça, et qu'ils en riraient bien par la suite. Cependant, June ne voulait pas écouter, elle voulait trouver le propriétaire des lieux, et s'assurer que tout allait bien. Ce qu'elle fit. Du moins partiellement, car à la vue du visage tuméfié de son ami, son coeur rata presque un battement, tandis que ses doigts faillirent presque lâcher le livre.

-Je suis venue te rendre ton roman... balbutia l'archéologue suite à la question gênée de son vis-à-vis, visiblement perdue.

Réponse formatée à une question simple, son esprit ne parvenant sur le moment à faire mieux tout en gérant la surprise qui venait de la frapper. Son cerveau passé en mode automatique finit cependant par intégrer ce qu'elle venait de découvrir ; l'analyse rationnelle, digue de maîtrise bloquant tout débordement, se fissura sous l'assaut d'une vague souterraine qui, paradoxalement, creusa un grand vide au niveau de son estomac, comme si on avait coupé les câbles de l'ascenseur censé l'amener paisiblement jusqu'à un bon moment. Les visions de paix et de joie de vivre venaient de se briser tel un miroir ayant subi les mêmes coups que les traits de Benjamin. Ciel, son visage. ça n'était pas vraiment bien méchant, et pourtant, à la crainte succéda l'incompréhension et la désolation. Le chat, sentant le temps virer doucement à l'orage après le drame passé, se plaça sagement sans un coin, sans avoir reçu de caresses qu'il était venu quémander aux pieds de June avec un miaulement plaintif. Les yeux rivés sur son ami, la miss n'avait pas bougé d'un cil. Jusqu'à la prise de conscience suivante : Strickland avait eu un problème. Sans qu'elle le sache. ça pouvait avoir l'air horriblement maniaque de sa part, mais lorsque l'on tient à quelqu'un, on prend bien trop souvent les choses démesurément à coeur.

-Oh mon Dieu, Ben, est-ce que ça va...?! lui demanda l'archéologue en se rapprochant de lui, abandonnant au passage le livre complètement passé à l'as sur le coin du plan de travail où se trouvaient encore bien en évidence un certain nombre de preuves compromettantes.

Mais June n'avait d'yeux que pour lui, passant derrière ledit meuble sans rien remarquer. Une fois face à l'ex agent, elle tendit les doigts, comme pour effleurer ses meurtrissures... Avant de reculer sa main, comme par crainte de le blesser d'avantage, ses doigts s'apposant sur ses propres lèvres qui, entrouvertes, ne témoignaient que trop de son effarement.

"Est-ce que ça va". Et non : "Qu'est-ce qui s'est passé". Le choix des mots, même ici inconscient, avait un sens : June avait pensé en premier lieu à son état, pas aux évènements que son état résumait. Parce qu'il était plus important que les faits.








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William T. Taliesin


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MessageSujet: Re: "La grande amitié n'est jamais tranquille"   Dim 2 Sep - 13:02

D
es personnes sur lesquels William aurait pu tomber June était celle qu'il aurait voulu éviter à ce moment. Son esprit avait déjà trouvé une justification plausible pour son état mais il n'affectionnait guère le fait de devoir mentir ouvertement à la jeune femme. Les mensonges et les secrets avaient empoisonnés son ancienne vie à tel point qu'ils étaient devenus la seule vérité et reproduire ce schéma dévastateur n'avait jamais été son objectif surtout avec elle. Il n'aimait déjà pas lui mentir sur son passé alors maintenant que le présent devait s'en mêler il allait vite se détester.

    ▬ " Je suis venue te rendre ton roman ... "

U
ne fois le sac de croquettes rangé Will se retourna vers June qui affichait clairement sa surprise angoissée. Il faillit lui demander si elle avait apprécié la lecture mais ce serait bien trop déplacé lorsqu'on voyait l'état dans lequel elle était à la vision de son visage légèrement tuméfié. Cherchant à dédramatiser la situation qu'il sentait enfler silencieusement, il afficha un léger sourire sensiblement raidi par sa mâchoire encore sensible avant d'attendre qu'elle ne surmonte l'évident choc dans lequel elle était plongée.

    ▬ " Oh mon Dieu, Ben, est-ce que ça va ... ?! "

L
e geste que fit June pour déposer le livre sur le plan de travail attira son attention sur les deux cercles métalliques qu'il allait devoir faire disparaître discrètement car justifier leur présence, même avec son imagination, donnerait un aspect trop farfelu à son explication. Mais heureusement pour le moment la jeune femme était trop absorbée par les teintes violacées qu'arborait sa peau pour avoir noté ce détail dérangeant. Le poignard quant-à lui, malgré sa forme assez anormal pour passer pour un couteau de cuisine et sa lame encore sensiblement rougi l'inquiétait moins, après tout on était dans une cuisine. June s'approcha rapidement de lui et osa tendre une main vers son visage.

    ▬ " Ça va. " Assura t-il doucement avec un nouveau sourire. " Je me suis mêlé de ce qui n'était pas censé me concerner. " Même si elle n'osa pas prolonger son mouvement jusqu'à toucher sa peau, Will eu le réflexe de légèrement reculer son visage pour éviter qu'un tel contact ne se produise. Réflexe qui le surprit lui-même et qu'il tenta de faire oublier dans un sourire avant de laisser son regard faire le tour de la pièce. De toute évidence, malgré la situation, il n'appliquait pas la grande prudence qu'il avait pu avoir avec sa dernière visiteuse et qui lui avait permis de contrôler le moindre de ses mouvements. Ce réflexe, qualifiant tout à fait un homme craignant la douleur n'était pas vraiment naturel pour lui, d'autant plus qu'il venait passer quelques minutes à triturer sa peau pour en retirer toutes traces de sang. " Tu n'aurais pas vu un autre sac ? Je l'ai laissé dans l'entrée ? "

J
ouer "l'hagarement" n'était pas trop difficile étant donné que son esprit n'était véritablement pas d'une grande clarté mais il détestait devoir jouer cette comédie pour noyer le poisson. Tout naturellement, il prit la direction du salon avant de laisser son regard se poser ostensiblement sur le livre qui avait magistralement échoué juste devant les menottes, les dissimulant vaguement au regard de June. Il attrapa machinalement le roman, le faisant glisser jusqu'à lui en faisant ainsi tomber les cercles de fer au sol dans un bruit métallique assez satisfaisant pour le tour de passe passe qu'il voulait faire. Mais avant que le son ne résonne il redressa le visage et ouvrit la bouche, prêt à prononcer quelques mots sur le livre avant de refermer ses lèvres lorsque les menottes entrèrent en contact avec le parquet. Will baissa les yeux sur ce pan de sol qui appartenait au salon et qui était rendu invisible aux yeux de la jeune femme par le plan de travail en affichant vaguement un air contrarié.

    ▬ " Rah zut ... " Il laissa le livre et se pencha. Profitant de cette invisibilité fuguasse il sorti ses clés qui étaient demeurées dans sa poche pour glisser les menottes tant bien que mal dans cette cachette qu'il dû tout de même recouvrir de son tee-shirt. Ainsi, lorsqu'il se redressa ses clés en main justifiaient à elles seules le bruit étrange que le parquet avait produit lors de sa rencontre avec le lien de fer. " Et en plus j'ai un problème de serrure, j'ai mit une éternité à ouvrir cette porte. "

Q
u'elle ait noté ou non ce détail de porte, il préférait éloigner le sujet de lui-même plutôt que de le voir débarquer au moment inopportun. Après avoir agité les clés pour illustrer son propos, il les plaqua près du livre avant de reprendre son petit bonhomme de chemin en jouant encore l'hagard de service qui vivait une mauvaise journée et qui plaidait assez bien sa cause. Profitant du fait d'avoir probablement quelques secondes d'avance sur la réaction de June, il glissa les menottes dans la poche considérablement plus adéquate de sa veste lorsqu'il passa devant le porte manteau de l'entrée. Geste qu'il fit au bon moment car lorsqu'il se redressa après avoir récupéré l'autre sac de commission il aperçu dans un coin de son champ de vision la jeune femme.
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June N. Dolorye


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MessageSujet: Re: "La grande amitié n'est jamais tranquille"   Mer 5 Sep - 17:15

À son rythme, le monde extérieur recommença à exister, avec toujours cette circulation témoignant à présent non plus de la présence d'une masse rassurante, mais de l'existence d'êtres maléfiques capables de s'en prendre sans scrupules aux citoyens innocents. June revint ainsi "à la surface", dirons-nous, à nouveau consciente d'éléments simples comme sa respiration -il fallait dire que le saisissement lui avait presque coupé le souffle durant une fraction de seconde, tel un uppercut-, pleinement réceptive aux signaux rassurants que lui dispensait Benjamin. Le calme de ce dernier représentait une telle différence avec qu'elle avait elle-même ressenti auparavant que tout cela lui sembla d'abord très étrange : lorsqu'on venait de se faire agresser, ne devait-on pas au moins subir un impact psychologique, même minime ? En voyant Ben, personne n'aurait jamais imaginé qu'il s'était trouvé il y avait peu au beau milieu d'une rixe ; une chute dans l'escalier aurait peut-être constitué un mensonge en meilleure adéquation avec son attitude désinvolte. Dire que Dolorye trouva sa manière de réagir trop inhabituelle pour ne pas être louche aurait sous-entendu une surestimation de ses capacités en matière d'analyse psychologiques : autant la jeune femme parvenait à deviner lorsque son ami allait mal, autant extrapoler les mille et unes causes probables de ce mal-être ne se révélait pas encore de son ressort. Comprenez, elle avait tellement confiance en lui ! Remettre en cause sa parole aurait été tout bonnement impensable, l'archéologue nourrissant une réelle foi en l'Américain, ce qui au fond finirait par se retourner contre elle, aussi dramatiquement que ses sentiments se voyaient drapés d'innocence.

-C'est tout de même dingue que ce genre de choses puissent arriver en plein Manhattan ! ne put s'empêcher de remarquer la Néo-Zélandaise.

Vraiment, à quelle époque vivaient-ils, on se le demandait ! Yeux pour le moins écarquillés, Jay suivi des yeux Strickland jusqu'à ce que ce dernier échappe à son regard, ne s'étonnant qu'à moitié de l'absence de détails dont elle bénéficiait. D'accord, une histoire pour le moins floue avait de fortes chances d'être une tromperie. La belle cependant occulta complètement ce fait pour la raison citée plus haut, préférant y voir le sursaut d'un orgueil masculin propre à chaque homme. Il n'y avait en effet rien de glorieux à narrer par le menu comment de gros bras vous avaient refait le portrait en deux temps trois mouvements à une femme, même si cette femme se trouvait être votre bombonne d'oxygène dans la vie... Acceptant cette réalité prise pour la vérité, June émit un léger soupir, se débarrassant définitivement de toute tension sans planifier un interrogatoire musclé : être mal à l'aise devait être la dernière chose dont il devait avoir envie. Sa volonté à donner l'impression que tout allait bien se révélait même par certains côtés courageuse -comprenez, il ne voulait pas qu'elle se fasse du mouron ; la naïveté ne tuait décidément pas-, quoi qu'un peu enfantine : June avait eu affaire à des dommages corporels bien moins ragoutants lors de ses expéditions, notamment il y avait quatre ans, dans les Andes, quant un collègue avait chuté lors d'une randonnée, se fracturant le tibia de manière ouverte, ce qui n'avait rien ni d'agréable ni de beau à regarder...

Laissant l'Américain s'affairer avec ses courses -et parallèlement avec ce qu'il avait négligemment laissé traîner-, Dolorye ne demeura pas inactive : attrapant au passage un torchon, elle se dirigea vers le frigidaire, et extirpa du congélateur un petit bac à glaçons en plastique déformables dont elle extirpa les cubes de glace pour une torsion experte, entassant cet amas givré au centre de la pièce de tissu. Celle-ci fut par la suite transformée en une poche improvisée, dont l'identité du destinataire ne laissait aucun doute. Car, même s'il ne comptait rien lui narrer, June n'escomptait nullement le laisser en plan avec ses bleus. L'archéologue le rejoignit d'ailleurs, complètement inconsciente de son petite manège, se voulant à la fois persuasive, réconfortante et non-oppressante.

-Acceptes-tu au moins de mettre ça sur ta joue ? lui demanda-t-elle en lui tendant le torchon que les glaçons commençaient déjà à humidifier. ça limitera un peu le gonflement et la coloration.

Habile tentative que celle tournée en phrase interrogative ! Car, bien que Benjamin ait la possibilité de refuser, le micro air de chien battu allant de pair avec pareille proposition laissait à penser qu'il s'agissait-là d'une pression presque dictatoriale et toute féminine, pour son bien évidemment, édulcorée afin de ne pas paraître trop mère poule. Le blessé était un homme majeur et vacciné, ne l'oublions pas... Pourtant, June savait à quel point il pouvait cacher ses faiblesses, nombre de coups de téléphone nocturnes en ayant attesté. Le problème de son compère était le suivant : il ne savait pas vraiment reconnaître lorsqu'il avait un problème, et parvenait encore moins à prendre réellement soin de lui. Sans perdre patience une seule seconde, son pilier en trouvait presque ça attendrissant.

-Tu es professeur de yoga, Ben, reprit J avec une tendresse amicale annihilant dans sa remarque toute trace de reproche, car elle se voyait touchée par l'idée qu'il ait pu être chevaleresque, involontairement ou non. Pas expert en jiu-jitsu. Tu n'as pas besoin de te lancer dans de pareilles croisades pour être un héros, tu sais.

Ah, Ciel, quelle ironie, parce que justement, William ne devait pas être loin d'être une pointure en matière de sports de combat... Mais cela, bien sûr, la demoiselle l'ignorait complètement. Le vrai visage du monde lui était apparu un instant, dans toute son horreur et sa méchanceté intrinsèque, avant que le cocon les entourant tous deux ne cicatrise et ne redonnent vie à ses illusions presque enfantines. Elle pour le protéger, lui pour s'en tirer. Comme si tout pouvait toujours se révéler aussi simple que cela.
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William T. Taliesin


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MessageSujet: Re: "La grande amitié n'est jamais tranquille"   Jeu 6 Sep - 15:04

    ▬ " C'est tout de même dingue que ce genre de choses puissent arriver en plein Manhattan ! "

T
rop occupé à essayer de dissimuler la dernière preuve gênante, Will n'eut même pas une pensée pour répondre à cette remarque. De toute manière il n'avait rien à justifier sur ce plan car même si la "révolte" de la jeune femme était justifiée, il y avait malheureusement de multiples accrochages capable de meurtrir les chaires qui se produisaient à Manhattan. Même sécurisé, New-York restait une ville monde où tous pouvaient se croiser et se fondre dans la masse. Et malheureusement, Will ne se faisait pas trop de souci sur la crédibilité de son mensonge aux yeux de June, il était presque certain que la confiance qu'elle nourrissait à son égard se suffirait de cette vague explication mensongère. Non vraiment, s'il avait pu se passer de cette rencontre inopportune ... Après le stress de ces minutes passées avec cette étrangère muette, l'angoisse produite par la réalisation que sa situation devenait vraiment très délicate, et le dégout qu'il ressentait à profiter ainsi de la confiance d'un être si chère ... Lorsque Will déposa les menottes dans la poche de sa veste son visage était sombre et crispé, reflétant l'espace de quelques secondes les véritables sentiments qui l'animaient à cet instant. Mais lorsqu'il se redressa, sac plastique en main, ses traits avaient reprit cet air légèrement hagard, son réflexe de dissimulation était plus fort que tout, c'était un automatisme qu'on lui avait inculqué si jeune qu'il faisait partie intégrante de son être, il n'avait pas réussi à s'en débarrasser avec l'identité de William.
S
on regard pâle se posa sur June qui venait de ré-apparaître dans son champ de vision, armée d'un torchon dissimulant ce qui devait être des glaçons. Il n'avait même pas pensé à ce genre de "soin", il s'était assez vite débarrassé des traces de sang, ne supportant plus de voir ce liquide qui l'avait sali tant de fois. Mais il n'avait guère pensé aux hématomes qui ne faisaient que le lancer lorsqu'il sollicitait sans le vouloir les muscles endoloris de son visage. Heureusement, la jeune femme était là pour penser à sa place et prendre les devants.

    ▬ " Acceptes-tu au moins de mettre ça sur ta joue ? Ça limitera un peu le gonflement et la coloration." William savait parfaitement qu'une réponse négative était impossible à cette interrogation et d'ailleurs il n'envisageait même pas de la formuler étant donné que June avait là une bonne initiative. Il posa quelques instants son regard pâle sur le torchon qu'elle lui tendait avant de baisser les yeux vers son sac qu'il avait encore l'intention de ranger. Sa réflexion sembla lui durer une éternité mais en réalité il ne s'écoula que quelques secondes avant qu'il ne fasse les quelques pas qui le séparaient de la jeune femme, ne dépose le sac sur la table de travail et attrape doucement ce qu'elle lui tendait.
    ▬ " Merci. " Un mince sourire revint faire surface tandis qu'il apposait, avec une certaine délicatesse, le torchon sur sa tempe douloureuse. Ne tenant pas trop en place, il décida de repasser dans la cuisine pour ranger le contenu de son sac qui se résumait à un petit régime de bananes et un sac de riz.
    ▬ " Tu es professeur de yoga, Ben, pas expert en jiu-jitsu. Tu n'as pas besoin de te lancer dans de pareilles croisades pour être un héros, tu sais. " Refermant le placard sur le riz, Will glissa un regard vers la demoiselle avant de s'occuper des bananes qui avaient leur place toute désigné dans la corbeille à fruits.
    ▬ " Je ne pensais pas qu'il allait répliquer. " Une fois les fruits déposés au bon endroit il se retourna vers June. Le torchon qui commençait à devenir humide apaisait sensiblement la douleur pulsative de sa tempe même s'il devait prendre garde à ne pas trop appuyer sur la zone sensible. " Je ne m'imaginais pas les pickpokets capable de défendre leur butin de cette manière. "

B
enjamin n'avait vraiment démontré un talent de combattant chevronné, il n'avait d'ailleurs eu l'occasion de montrer quoique ce soit, si ce n'est utiliser sa taille et sa prestance pour envoyer balader un ou deux poivrots mal tournés. Il n'était donc pas non plus de ceux qui se carapataient à la moindre anicroche c'est pourquoi Will avait décidé d'entre sur la voie de l'interposition lors d'un, malheureusement, banal vol de sac à main. Ça restait commun et dans les cordes de sa vie américaine mais il ne s'étalerait pas plus sur le sujet, les précisions ne le serviraient pas. Ultime mouvement qu'il effectua: il récupéra le sac plastique désormais vide et le couteau qui trainait là. Il mit ce dernier dans l'évier tandis que le sac alla rejoindre des congénères dans un rangement qui leur était attribué. Will échoua finalement sur la chaise qu'il avait abandonné avant l'arrivée de June et leva les yeux vers elle tout en gardant la glace contre son visage.

    ▬ " Et toi ça va ? Toujours sur tes préparatifs ? "

I
l tirait donc un trait sur les évènements fictifs qui l'avaient prétendument blessés et passer à quelques choses de moins désagréable. Un mince sourire amusé fit son apparition sur son visage tandis qu'il évoquait la future excursion de la jeune femme. Celle-ci n'avait lieu que dans plusieurs semaines mais Will avait déjà eu l'occasion de s'amuser du soin et de l'avance que prenait la demoiselle dans ses préparatifs. Il se permettait quelques taquineries en la matière car pour ce genre de choses il se complaisait dans l'improvisation assez extrême comme avait pu le prouver son arrivée à New-York. Habitué a être parachuté dans un pays étranger voir hostile avec pour seul affaire ce qu'il pouvait porter et pour seuls infos la cible à récupérer il ne craignait plus grand-chose de l'inconnu et ne pouvait pas vraiment dissimuler cette facette à June étant donné qu'elle avait été l'une des seules à être témoin de son arrivée. Néanmoins ses taquineries étaient restées très légère car le futur voyage de la jeune femme n'était pas vraiment touristique alors il était probablement normal qu'elle s'en préoccupe bien en avance.
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June N. Dolorye


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MessageSujet: Re: "La grande amitié n'est jamais tranquille"   Dim 9 Sep - 10:36

D'un bref hochement de tête, Dolorye reçut les remerciements de son patient anglais, si vous nous pardonnez le jeu de mots hasardeux.

-Je t'en prie.

Serviable, elle ? Toujours. Peut-être même trop, au point d'agir avant de poser des questions, les bonnes questions. Les actes, ça avait quelque chose de rassurant, de tangible, cela meublait les silences, occultaient les questions sans réponses, et même celles qui ne se posaient pas encore, trop floues ou trop hésitantes. William les utilisaient afin de protéger Benjamin, et June faisait de même, en une symétrie étrange, presque paradoxale, irrationnelle. Veiller avec application sur une personne n'existant pas réellement, quelle ironie ! Après, nous pourrions disserter des heures sur la matérialité avérée ou non de Mr Strickland, pour tenter de ne pas nous montrer trop sévère avec la demoiselle, ne pas la prendre trop de haut et taxer d'infantile ses manières attentionnées. Peut-on être trop gentil ? Si oui, jusqu'à quel point ? Si l'on avait posé cette question à Jay très exactement à cet instant, elle aurait répondu par l'affirmative, citant en exemple son infortuné hôte. Oui, il n'y avait pas plus bien pensant que Benjamin, voilà l'une des multiples choses faisant que la scientifique l'appréciait sincèrement. Là où tant d'autres personnes auraient continué leur route sans se préoccuper une seule seconde d'une malheureuse victime appelant pourtant à l'aide désespérément, lui s'était arrêté, avait refusé de porter les œillères devenues naturelles à tant de gens et, prenant inconsidérément -et donc inconsciemment- bien des risques, il avait dit "non", par sa voix autant que par sa volonté. Dans un cas semblable, June aurait sans doute agi de la même façon, ce qui l'empêchait d'ouvrir les yeux, de voir que pareille audace aurait pu lui coûter bien plus cher, qu'appeler la police ou au minimum ne pas intervenir la fleur au fusil auraient pu représenter de meilleures alternatives.

Au lieu de cela, celle-ci suivit le mouvement, lui emboîtant le pas jusqu'à la cuisine, mouvement initié par son interlocuteur pour mieux limiter un dialogue potentiellement gênant. Après tout, Benjamin ne lui confiait-il pas peu à peu le récit des évènements ? À touches à peine esquissées certes, mais à présent, l'archéologue se faisait une bien meilleure idée de l'incident, ce qui enterrait définitivement la peur de l'inconnu : on ne craint pas quelque chose sur lequel on peut mettre des mots, que l'on comprend, que la raison peut appréhender aisément... Son ami ne pouvait de toute façon pas lui cacher longtemps grand chose, du moins les petits tracas du quotidien, loin de toute révélation bien trop dévastatrice pour ne pas menacer l'équilibre tranquille de leur vie, qu'une confession aurait dû en théorie affermir. Quelque part, les bleus de son visage lui avaient inconsciemment rappelé cette nuit mémorable où bien des choses avaient changé lorsqu'une voyageuse avait sur un coup de tête adressé la parole à un parfait inconnu, en plein coeur de la nuit, sur un trottoir d'aéroport. Rétrospectivement, en se heurtant aux mystères entourant Benjamin, June avait fini par admettre ce qu'elle n'avait remarqué de prime abord : l'Américain avait sur la conscience bien des tâches indélébiles qu'elle avait tenté d'estomper avec le temps et en lui changeant les idées. Cependant, à JFK, deux ans auparavant, même le corps de celui qui deviendrait son meilleur ami avait porté les stigmates d'une guerre qu'il n'avait jamais évoqué, et ces meurtrissures, après tout le chemin parcouru, les crises nocturnes disparues, la vie reprise du bon pied, tout cela lui avait fait craindre une micro-seconde la rechute fatale, le retour à des heures en vérité bien sombres.

Mais puisque tout allait bien ! Puisque Strickland l'affirmait, en tout cas. Qui mieux que lui avait la possibilité d'en juger ? Il ne s'était pas complètement refermé sur lui-même et cela, la miss savait l'apprécier à sa juste valeur, elle l'apprentie dresseuse de fauve, le positivisme fait femme sans que cette lumière au fond d'elle ne parvienne à vaincre complètement les ténèbres environnant. La découverte presque macabre de la vilénie humaine ne la tourmentait plus, non. Il ne lui restait qu'une impression étrange, un arrière-goût de méfiance envers l'univers en sa globalité, comme un être à la mémoire vénérable retenant l'offense en vue du remboursement futur d'une dette d'honneur.

-Et j'imagine que celui ou celle que tu as secouru n'a pas spécialement émis l'idée de t'emmener à l'hôpital... D'accord, j'arrête !

Levant les mains comme menacée d'un revolver, Dolorye abandonna définitivement le débat en souriant elle aussi, se sentant gentiment mais sûrement glisser sur la pente trompeuse du maternage déplacé. On ne lui avait rien demandé. Et, pour sûr, si elle n'était pas passée, on ne lui aurait jamais rien révélé, en attendant patiemment que les marques sur sa peau disparaissent d'elles-mêmes. Rien de plus simple, c'était même aussi aisé que de cacher un couteau ensanglanté et une paire de menottes...

Il restait pourtant encore un être pour qui cette histoire ne se trouvait pas encore irrémédiablement close : le félin partageant ces quatre murs avec le professeur, voyant revenir celle qui l'avait ignoré avec impudence lorsqu'elle avait gagné la cuisine pour la première fois, déambula devant J avec une grâce à la fois hautaine et méprisante que seul un chat pouvait arborer, la snobant comme il n'était pas possible de snober quelqu'un. Cette fois pourtant, leur invitée le vit, et avec un sourire amusé, se baissa pour le ramasser au passage afin de se faire pardonner son impolitesse. Cette embrassade non quémandée se heurta à son mauvais caractère naturel, si bien que le chartreux chercha tout d'abord à s'évader de cette prison de bras l'ayant lâchement kidnappé, mais dès que l'archéologue commença à lui gratter l'arrière des oreilles, il se calma, lui offrant aussi bien son pardon que l'infini honneur de le dorloter un peu, tel un pacha piqué de mansuétude. Restant debout, June leva les yeux au plafond un instant avant de les reposer sur Benjamin et d'aborder un autre sujet pas franchement attrayant :

-Toujours. Je ne pensais pas qu'il serait aussi laborieux d'édulcorer la réalité de mon métier afin de préserver autant que possible les rêves d'étudiants qui me considèreront avec la même admiration que si j'étais la fille biologique d'Indiana Jones et de Lara Croft. Le tout est de trouver comment leur dire que je trouve l'archéologie fabuleuse en époussetant des cailloux, et non en maniant le fouet tout en sautant d'un train en marche.

La jeune femme prenait cela avec une certaine dose d'humour la caractérisant plutôt bien, bien qu'une bonne part de sérieux laissât présager que la sensibilité de son auditoire était réellement une chose dont elle se préoccupait. Clouer au pilori Hollywood et ses péripéties sans tact en dégoûterait plus d'un, et ce n'était pas le but recherché ! Et pourtant, là ne se trouvait pas encore le pire, comme on put le comprendre au léger soupir qui fit abaisser ses épaules, ainsi qu'à sa légère mine contrite :

-Sans parler de la soirée de clôture, avec tenue de cocktail obligatoire. ça va être un vrai parcours du combattant.

La demoiselle menait réellement une vie privilégiée, là où son seul souci majeur était la santé de son ami, et un gala à venir où elle se verrait contrainte de porter une robe, et encore pis, des chaussures à talons. En comparaison avec le reste de la planète, c'en était presque risible, mais pour June, avoir à se féminiser à outrance de la sorte relevait du réel effort, et elle s'imaginait déjà devoir parcourir en long et en large la salle de réception de l'Université afin d'aller saluer tel ou tel autre scientifique ou élève perchée sur des "échasses" lui donnant la démarche d'un canard boiteux et myope. Bien entendu, elle serait belle, mais cela, elle l'ignorait, car comme toute femme, Jay possédait un avis passablement négatif de sa prestance soi-disant inexistante lorsqu'elle se séparait de son jean et devait se maquiller.

-Mais enfin, je ne vais pas me plaindre, remarqua-t-elle avec un léger sourire, Ben ayant eu une journée autrement plus abominable que ces menus tracas. C'est juste que je n'ai pas envie de partir... Plus vraiment.

Toujours ce soupçon. Cette petite voix intérieure l'exhortant à ne pas s'éloigner alors que Strickland s'était heurté à sa première véritable mauvaise passe depuis sa "guérison". Comme si partir serait le trahir, l'abandonner à son sort. Très mélodramatique, tout cela ; cependant, si Dolorye quittait la scène, qui veillerait sur lui ?
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William T. Taliesin


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MessageSujet: Re: "La grande amitié n'est jamais tranquille"   Mar 11 Sep - 18:33

    ▬ " Et j'imagine que celui ou celle que tu as secouru n'a pas spécialement émis l'idée de t'emmener à l'hôpital ... " Will tourna son visage vers la demoiselle qui dans son élan "protecteur" s'en prenait à présent à la prétendu victime secouru. Il n'eut pas le temps de jauger de l'utilité d'une réponse à ces mots car la jeune femme reprit aussitôt pour apparemment se repentir d'un apparent et presque habituel maternage. " D'accord, j'arrête ! " Son geste réveilla une étincelle d'amusement dans son regard alors qu'il se tournait vers le lavabo où il se débarrassait du couteau.
    ▬ " Je n'ai rien dit. "

P
ar la force des choses, Will avait appris à faire confiance à June, il avait même pris la fâcheuse manière de s'appuyer sur elle. Chose qui lui était assez étranger autrefois car on ne pouvait se permettre une telle relation avec des personnes qui risquaient à tout moment de se retourner contre vous ou de disparaître violemment. Will avait d'ailleurs acquis la quasi certitude qu'il ne serait plus capable de nourrir une totale confiance envers un autre être vivant mais heureusement, l'archéologue avait fait voler cet acquis à tel point que Benjamin Strickland serait bien loin de cette vie à l'heure actuelle si elle n'avait pas été présente dès le début. Alors que Will s'en retournait à sa chaise, la demoiselle attrapa le félin qui était en plein exploitation de son mécontentement. Il observa le duo qui fut tout d'abord en désaccord avant que June ne trouve la parade imparable pour s'attirer les bonnes grâces du chat qui se mit dès lors à ronronner entre ses mains. Il retira un peu le torchon humide, resserrant un peu sa prise tout en s'engageant sur un autre sujet de conversation.

    ▬ " Toujours. Je ne pensais pas qu'il serait aussi laborieux d'édulcorer la réalité de mon métier afin de préserver autant que possible les rêves d'étudiants qui me considèreront avec la même admiration que si j'étais la fille biologique d'Indiana Jones et de Lara Croft. Le tout est de trouver comment leur dire que je trouve l'archéologie fabuleuse en époussetant des cailloux, et non en maniant le fouet tout en sautant d'un train en marche. " Will sourit à l'évocation de cette image très Hollywoodienne du métier de June. Si ce n'était là que le seul souci de la jeune femme, il était convaincu qu'elle relèverait ce défi avec brio, sa passion qu'elle personnifiait avec tant de vie étant plus forte que ces images romanesques construites pour assouvir les fantasmes. Si Will avait toujours été un amateur de fresque historique, il avait fallu l'arrivée de sa nouvelle vie et de la demoiselle pour faire de lui un auditeur conquis et éveillé aux mystères des racines humaines.
    ▬ " Je suis sûr que tu arriveras à les captiver et à les convaincre." Son sourire se fit soutient tandis qu'il reposait prudemment le torchon sur son visage.
    ▬ " Sans parler de la soirée de clôture, avec tenue de cocktail obligatoire. Ça va être un vrai parcours du combattant. " Pour le coup le visage de William retrouva un éclat franchement amusé qui crispa légèrement sa mâchoire endolori.
    ▬ " Mademoiselle Dolorye craindrait donc plus une déambulation nocturne qu'un amphithéâtre bondé ... " William n'avait aucun mal à deviner la raison de ce déséquilibre assez inédit. Il ne devait pas lui être trop difficile de compter les fois où la jeune femme avait quitté ses jeans, quant-à des robes de cocktails ... Il n'avait guère eu l'occasion de jouer les cavaliers ou de s'inviter à une quelconque soirée pour observer l’existence d'une telle création dans la garde-robe de la demoiselle. Il failli pousser le vice à lui demander si elle avait quelques choses à porter pour de telle occasion mais avant même d'initier ces mots June reprit.
    ▬ " Mais enfin, je ne vais pas me plaindre, c'est juste que je n'ai pas envie de partir... Plus vraiment. " Will aussi avait pensé au fait que cela allait être la première fois que la jeune femme allait franchir les frontières de la ville sans lui. Et si cette perspective ne l'avait pas trop dérangé jusqu'à présent, elle était tout à fait libre d'aller et venir à sa guise, maintenant qu'il se sentait attirer à nouveau vers la frontière sombre qui délimitait ses deux vies une petite pointe d’appréhension pointait le bout de son nez dans son esprit. Prendre conscience de ce changement le troubla légèrement et il baissa les yeux vers la table pour observer le torchon qu'il venait à nouveau de décoller de son visage.
    ▬ " Si c'est pour moi que tu dis ça, je te promets d'être sage et sinon, dis toi que ce n'est que pour quelques jours. "

W
illiam releva un peu son regard pâle vers la demoiselle pour qui un sourire timide fleurissait sur ses lèvres, il se voulait rassurant car après tout, il ne traversait peut-être qu'une mauvaise passe, peut-être que tous ces fantômes du passé aller disparaître aussi vite qu'ils étaient ré-apparu et surtout, il ne voulait plus être le poids qui retenait la jeune femme ici. Même si elle avait tendance à maintenir que non, il ne pouvait s'empêcher d'avoir l'impression que c'était lui qui bloquait cette globe-trotteuse invétéré à New-York. Alors même s'il était vraiment très comblé de l'avoir ainsi à ses côtés il l'appréciait bien trop pour vouloir la garder ici. Il se devait donc d'afficher sérénité et peut-être même un peu d'enthousiasme pour cette excursion vers l'état voisin. Will sembla brusquement se rappeller de son devoir d'hôte en se redressant sur son fauteuil avant de poser son regard sur les étagères.

    ▬ " Tu veux quelque chose à boire ? "

E
n posant cette question qui était normalement assez élémentaire dans cette situation et qui était pourtant passé à la trappe jusqu'à présent, Will s'interrogea sur l'heure qu'il pouvait être. A croire que ces coups l'avaient vraiment sonnés car l'espace d'un instant, il n'eut aucune idée de la période de la journée qu'il pouvait être, heureusement un coup d’œil à sa montre lui rappela que l'après-midi était bien avancé et ce moment de flottement s'évapora comme il était venu.
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June N. Dolorye


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MessageSujet: Re: "La grande amitié n'est jamais tranquille"   Lun 17 Sep - 17:18

La foi que lui témoignait Ben à travers ses encouragements la toucha, bien sûr. Sans qu'elle ait jamais été immensément attentive à l'avis des autres, au regard d'autrui posé sur sa personne, ses actes et ses choix, June possédait comme tout le monde une certaine part d'orgueil tout au fond de son coeur, certainement bien moins développée et empoisonnée que chez les reste de ses semblables, mais néanmoins existant bel et bien. Avoir un "fan" s'avérait innocemment plaisant, il n'y avait pas à dire, mais ça n'était en rien à cause de l'importance ou du pouvoir que cela conférait : ayant toujours énormément voyagé, la jeune femme ne s'était plus connu de réel appui depuis son père, la plupart du temps à des milliers de kilomètres de son enfant chéri, si bien que savoir le professeur la soutenant dans chaque aspect de sa vie, entre le choix d'un film à aller voir ou l'affrontement d'un parterre de nantis en Chanel ou Burberry se révélait véritablement important pour elle, rassurant, apte à lui donner envie de continuer. William se fourvoyait s'il s'imaginait jouer le rôle d'une ancre pesante enchaînant cet oiseau épris de liberté à une cage dorée en plein Manhattan : il n'était pas poids mort mais foyer, la première chose qui ne changeait pas depuis des années dans la vie de Jay. Son point de repère, là où lui-même trouvait en son amie la digue assez forte pour l'abriter des tempêtes agitant le monde incertain dans lequel ils tentaient de vivre.

De tout coeur, l'archéologue espérait être à la hauteur, aussi bien en tant que détentrice d'un doctorat que meilleure amie, bien que jouer sur les deux tableaux en même temps apparût comme pour le moins compliqué, la miss ne possédant pas encore le don d'être à deux endroits différents simultanément. Comment différencier deux engagements et élire entre eux le plus primordial ? Bien entendu, la chercheuse s'était engagée auprès de Yale, son nom avait été édité sur des programmes, et certains élèves avaient même commencé à correspondre avec elle via la page qu'avait spécialement ouvert leur université à l'intention des divers participants à la réunion. Mais d'autre part, il y avait Benjamin... Juste Benjamin, puisque ses soucis, apparemment, ne se présentaient pas de manière trop dramatique pour nécessiter l'annulation pure et simple de ce départ. Bien qu'il y ait un contrat, des échanges téléphoniques, et quelque part un honneur mis en jeu, la demoiselle, sans en être parfaitement consciente puisque le cas ne se présentait pas si franchement, aurait été capable de tout plaquer s'il lui avait demandé, ou si l'urgence s'était faite sentir. Il s'agissait d'un autre type de devoir, autrement plus personnel, celui d'une camarade disposée à décrocher son téléphone à trois heures du matin lorsque vous aviez un coup de blues, à mettre ses problèmes -et même tout le reste- de côté pour rester à vos côtés. Comme l'aurait si bien diagnostiqué Freud, tout ceci prenait racine dans son enfance, là où l'abandon avait créé l'effet inverse de façon particulièrement forte, poussant la petite fille par la suite devenue femme à demeurer constamment disponible et dévouée à ceux qui comptaient.

-Si tu le dis... acquiesça J, se voulant convaincue, sans pourtant l'être profondément, les 100% n'existant de toute façon jamais. Tu n'échapperas de toute façon pas à mes appels, et puisqu'il te faut moins de trois jours pour te retrouver blessé, compte sur moi pour saturer ton répondeur.

Toujours ce mélange entre légèreté et sérieux, la plaisanterie estompant le côté arrêté de sa démarche, sa nécessité plus que probable : si jamais la vie avait suivi une loi de probabilité, imaginez un peu le résultat au bout d'une dizaine de jours si si peu de temps parvenait déjà à esquinter durablement le visage de Strickland...

La proposition de ce dernier la fit sourire ; il n'était vraiment pas croyable, galant même avec une joue bleutée, un peu par nature, un peu pour prouver qu'il avait encore la capacité à gérer les choses de la vie quotidienne, merci de t'en soucier, je survivrai comme un grand tout seul sans ta main à laquelle me raccrocher sans cesse.

-Ne bouge pas, ce n'est pas le boulot des preux défenseurs de la veuve et de l'orphelin. Tu as déjà assez donné de toi-même comme ça, je m'en occupe.

En passant près de lui pour gagner à nouveau l'arrière du plan de travail, l'archéologue lui tapota doucement l'épaule, de façon à la fois garçonne et fraternelle, le chat toujours dans les bras. Celui-ci fut, quoi que toujours tenu par ce que l'on pourrait nommer sa co-propriétaire, tant June faisait presque partie des meubles ici, prit l'initiative de quitter momentanément son panier humain pour suivre depuis le bord de l'évier les "investigations" de Dolorye au sein des placards hauts, desquels elle tira deux tasses. Qui savait, le pot à gâteaux secs ne devait pas être bien loin... Oui, il n'y avait pas à dire, la Néo-Zélandaise connaissait cet appartement comme sa poche, à tel point que le scénariste de Friends aurait pu voir là l'incarnation de sa série. C'était un peu chez elle, comme sa propre demeure était un peu celle de Ben ; ni l'un ni l'autre n'avait pourtant jamais émis l'idée d'emménager ensemble, afin de limiter leurs déplacements en devenant colocataires, cela allait de soi, n'allez pas vous imaginer des choses.

-Café, thé, autre ? lui demanda June par dessus son épaule, tout en tendant les doigts vers le robinet, afin de se passer les mains sous l'eau, l'hygiène étant une première règle sur le terrain, trop souvent négligée en des zones pas forcément bien approvisionnées en médicaments et hôpitaux, quoi que fort peuplées de virus et bactéries en tout genre.

Se faisant, son regard tomba sur le couteau, laissé au fond de la cuvette de métal. Ne reconnaissant pas un des couverts habituels de Benjamin, elle dut reconnaître qu'elle n'avait aucune idée d'où l'objet pouvait bien se ranger. Et prit entre ses doigts l'arme qui avait meurtri les chaires de son ami quelques heures -minutes ?- à peine. Qu'un être aussi intentionné que Dolorye puisse être en contact avec un ustensile de mort ayant torturé l'ex-espion relevait de l'ironie la plus glaçante, que la belle ne relevait bien sûr pas, ignorante qu'elle était, pauvre fille.

-Tiens, tu ne jures plus par les Wenger ? releva la voyageuse sur un ton amusé, l'inconsciente.

Eh bien oui, les Wenger, ces couteaux d'une marque suisse ma foi d'excellente qualité et appréciés des connaisseurs, dont Ben possédait tout un lot, encastré dans un présentoir en bois selon leur longueur. Bloc actuellement complet, ce qui corroborait sa déduction, d'autant plus que la lame inconnu ne portait pas le poinçon de la marque. June ne trouvait cela absolument pas suspect -ça n'avait rien de bizarre, d'avoir différents couteaux dans sa cuisine, au moins son hôte n'était-il pas psychorigide quant à ce qu'il achetait-, juste un peu décalé par rapport aux habitudes du professeur de yoga, d'ordinaire soigneux et demeurant sur ses choix une fois ces derniers arrêtés. Sur l'acier, juste avant la garde, un nom russe, Shokuroff, témoignant de l'élection d'une marque russe... Et où trouver des couteaux russes à New-York, sauf dans un nombre très limités de boutiques, ou, plus plausiblement, entre les mains expertes d'agents du SVR ? Bien entendu, la visiteuse ne pensa pas à cela, pour que la fameuse agence n'avait aucune existence. Seulement elle avait vu, touché, remarqué. Un risque pour Taliesin ? Pourquoi pas. Ou juste un nouveau mensonge, empilé sur les autres, plus c'était gros mieux ça passait, jusqu'au jour où la pile s'écroulerait sous son propre poids...

-Si tu veux aider, enchaîna la demoiselle, attrape ton téléphone, je suis certaine que Thomas pourra te conseiller un très bon serrurier qui te fera un prix d'ami. À moins que lui-même ne s'y connaisse, il a l'air débrouillard, comme garçon.

Mais oui, bien sûr, allons-y. Tant qu'à faire, rameuter du monde, exhiber à des yeux extérieurs les méfaits causés par une meurtrière de passage, et soumettre au diagnostique d'un professionnel une porte forcée devant en théorie simplement s'être grippée. Nouvel échelon gravi en matière de péril : une chance sur combien que l'expert dépêché remarque le pot aux roses ? Et June, toujours autant de bonne humeur, ne se rendant absolument pas compte de ce qu'elle entreprenait, disait ou risquait de provoquer. On disait la méchanceté toxique, mais la bonté suivait son antagoniste de près, très près même.
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William T. Taliesin


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MessageSujet: Re: "La grande amitié n'est jamais tranquille"   Mer 19 Sep - 16:58

W
illiam resté préoccupé par la réapparition d'une sensation qu'il n'avait pas ressentie depuis quelques temps déjà. Il sentait déjà les affres sombres de son ancienne vie qu'il avait fui affleuré à la surface, probable prémices d'une nuit agitée par ses souvenirs ... Son regard pâle continua son observation de torchon sans véritablement le voir, jusqu'à ce que June réponde aux dernières paroles qu'il avait lui-même prononcé pour la rassurer.

    ▬ " Si tu le dis ... Tu n'échapperas de toute façon pas à mes appels, et puisqu'il te faut moins de trois jours pour te retrouver blessé, compte sur moi pour saturer ton répondeur." Encore un peu ailleurs, Will releva son visage vers la demoiselle pour lui sourire doucement.
    ▬ " Sauf si c'est moi qui t'appelle pour savoir si tu survis à ton périple. " Un éclat d'amusement passa dans son regard avant qu'il se souvienne avoir dérogé à quelques règles de bienséance depuis que June était arrivé, chose qu'il s'empressa de corriger en proposant à boire à la jeune femme.
    ▬ " Ne bouge pas, ce n'est pas le boulot des preux défenseurs de la veuve et de l'orphelin. Tu as déjà assez donné de toi-même comme ça, je m'en occupe. "

W
ill ne tenta guère de manifester une quelconque désapprobation au fait que l'hôte allait se faire invité sous son propre toit car, au-delà du fait qu'il se sentait assez lasse et que la perspective de rester assis lui convenait, June était autant chez-elle que lui alors la bienséance se faisait un peu plus flou dans ce cas précis. Le fait de se faire passer pour un "preux défenseur" aux yeux de la demoiselle n'égratigna à aucun moment sa conscience, à vrai dire il ne pensa même pas un seul instant que cela pouvait aussi être dérangeant. Après tout s'il s'était retrouvé dans le genre de situation qu'il avait plus ou moins décrit à la jeune femme il aurait agi ainsi, les hématomes et la coupure en moins comme résultat, et puis son passé avait assez d'évènements qui pouvaient plus ou moins être vu sous cet aspect ... Même si sa conscience prenait grand soin de ne se souvenir que du poids infernal de cette vie. La demoiselle passa près de lui, gratifiant son épaule d'une légère pression à laquelle un vague sourire lui répondit. Will suivi plus ou moins les investigations de June dans la cuisine, si on pouvait appeler ça investigation étant donné qu'elle savait où chercher.

    ▬ " Café, thé, autre ? " Il l'avait observé se diriger vers l'évier, n'oubliant guère ce qu'il avait déposé à l'intérieur, mais ne s'en faisant guère pour cette présence inconnue.
    ▬ " Ce que tu prends. " A cet instant, l'éternel duel thé / café ne l'importait guère, préférant suivre la demoiselle dans son choix plutôt que l'inciter à préparer deux breuvages différents.
    ▬ " Tiens, tu ne jures plus par les Wenger ? "
    ▬ " C'est à une élève, mon groupe de 15h à Central Park avait préparé un "goûter", elle l'a oublié sur place. "

C
e nouveau mensonge s'écoula paisiblement sur le ton de la conversation. Il n'aurait bien évidemment pas tenu devant un connaisseur d'armes blanches qu'était presque tout agent, mais la majorité, dont faisait partie June, n'aurait probablement rien à y redire, surtout que ce genre "d'évènement" était assez courant lorsqu'aux beaux jours, Will délocalisait ses cours au Park. Il était évident que ses vieux réflexes étaient toujours bien vivaces pour pouvoir aussi naturellement échafauder et sortir de tels mots dissimulateurs qui repoussaient encore le potentiel jour où la vérité devrait être vue en face.

    ▬ " Si tu veux aider attrape ton téléphone, je suis certaine que Thomas pourra te conseiller un très bon serrurier qui te fera un prix d'ami. À moins que lui-même ne s'y connaisse, il a l'air débrouillard, comme garçon." Si William ne s'était pas sentit menacé par la découverte du couteau, ces derniers mots imprévus furent plus dérangeant. Contacter n'importe quel serrurier serait embêtant étant donné que tous professionnels seraient en mesure de deviner la cause de ce grippage de serrure et passer par le biais de Thomas serait encore moins avantageux.
    ▬ " Et moi je n'ai aucun air débrouillard ? " Tandis qu'il se tournait vers la demoiselle un éclat d'amusement passa dans son regard avant qu'il ne se fasse plus sérieux. " Je ne pense pas que ce soit grand-chose, je voulais y jeter un coup d’œil moi-même après m'être un peu posé. "

E
lle ne pouvait pas lui refuser de lui laisser sa chance, lui le roi du montage de meubles en kits, seul véritable "talent" de bricoleur qu'avait montré Benjamin jusqu'à ce jour. Prit un peu au dépourvu, Will avait sauté sur la première idée plausible qui lui avait traversé l'esprit et au final ce parti se révélait assez bien jouable. D'autant plus si on prenait en considération la fierté toute masculine qui empêchait l'homme de demander assistance pour toutes tâches de bricolage. Il était pourtant vrai que Will ne faisait pas trop partit de cette majorité, reconnaissant volontiers la frontière de ses connaissances pour pouvoir mieux apprendre ou laisser faire un connaisseur plus rapide et expérimenté, mais rien ne l'empêchait d'avoir de temps à autre un sursaut d'orgueil, surtout avec le visage qu'il arborait. Attendant de savoir si sa tentative pour éloigner le "danger" allait porter ses fruits, Will reposa son regard sur le torchon autour du quel se formait doucement une petite flaque d'eau. Les glaçons avaient nettement prit un coup au contact de sa peau et commençaient à clairement ce liquéfier. Mais la perspective de se retrouver plus mouillé qu'autre chose ne sembla pas atteindre William qui décida de reposer le tissu frais et humide sur son visage tuméfié dont la douleur commençait à décroitre.
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June N. Dolorye


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MessageSujet: Re: "La grande amitié n'est jamais tranquille"   Mar 9 Oct - 17:09

Survivre. June ne connaissait rien à ce mot, et honnêtement, si elle avait pu se souvenir de cette conversation rétrospectivement, elle aurait mesuré toute l'étendue de son ignorance, à elle qui alors n'était rien de plus qu'une petite fille pimpante enfermée entre des certitudes sécurisantes, complètement trompeuses. Comme les propos de l'ancien agent se révéleraient bientôt prophétiques ! Comme tous deux auraient certainement aimé pouvoir réellement retenir cette leçon si capitale !

-Je tiendrai, assura-t-elle, étiolant un peu du ton de la plaisanterie pour presque frôler celui de la confidence. Je décrocherai toujours, tu sais bien.

Oui, tu le sais. Parce que même si la Terre arrête de tourner rond, que le Soleil décide de s'éteindre ou que, comme il allait bientôt advenir, le Miroir finisse par être traversé, les emmenant vers un nouveau monde fait de périls et de désillusions, je répondrais à ton appel. Cela leur rappellerait un peu le "bon vieux temps" où Benjamin et elle restaient suspendus à leur combiné respectif pour bavarder de tout et de rien jusqu'à l'aube, époque pas si rose que cela en fin de compte, mais que Dolorye n'aurait pas dépeinte comme triste ou pénible, non. L'homme qui allait devenir son meilleur ami avait alors eu besoin, besoin d'une présence, même juste à l'autre bout d'une ligne téléphonique. Et quelque part, ça avait aussi fait du bien à la jeune femme, qui alors ne connaissait pas grand monde à New-York. Certes, elle avait dû donner, et à un inconnu, mais si l'on n'effectuait jamais le premier pas vers l'autre, on ratait tant de belles rencontres, non ? ça ne tenait ni du jeu, ni même de ces soi-disant bonnes actions que certains entreprenaient pour s'acheter l'impression d'être quelqu'un de bien. Elle n'avait peut-être pas senti deux ans auparavant l'urgence de la situation, mais avait su qu'elle pouvait et devait faire quelque chose. Tout comme Benjamin sauvant une personne victime de vol. Et à son instar, Jay allait bientôt découvrir que tout acte d'héroïsme, même le plus banal qui soit, mettait en danger celui qui l'exécutait, marquant un corps des plaies du courage mis à mal.

Trêve de solennité cependant ! Ni lui ni elle ne mettaient en scène leur bon coeur, et ça n'allait pas commencer à cet instant, Dolorye n'étant absolument pas quelqu'un du genre à rappeler dès que possible les services rendus par ses soins afin d'affirmer encore et toujours la dépendance qu'avait été celle de l'Américain envers elle. Comme sortant d'une brève rêverie, la demoiselle tira deux mugs du placard, ces tasses surdimensionnées affectionnées par les habitants de la Grosse Pomme ayant perdu tout sens des proportions : le café, cet excitant si populaire, ne serait sans doute pas vraiment approprié pour quelqu'un chez qui la migraine ne devait pas manquer de menacer, si bien qu'elle songea tout d'abord à préparer un bon thé bien chaud, Ben et elle appréciant cette boisson venue d'Outre-Atlantique. Certes, ils n'étaient pas encore aussi fions connaisseurs que messieurs les anglais... Mais en forgeant, l'on devenait forgeron, comme l'assurait le dicton, et chaque occasion devenait ainsi bonne à prendre afin d'étendre un peu plus loin leurs connaissances en matière de feuilles infusées, découvrant de nouvelles marques, s'amusant de mimiques appuyées censées les rendre aussi aristocratiques que des Lords à l'heure du High Tea. Cela les relaxerait tous les deux après les émotions de la journée, il n'y avait sans doute pas mieux... Sauf que quelqu'un d'autre avait également besoin de souffler, quelqu'un qui n'était naturellement pas disposé à goûter un breuvage chaud au goût d'herbes lessivées. D'un miaulement timide, Strickland Junior rappela au monde alentour qu'il existait, et que oui, pour lui aussi, la prise d'otage dont il avait été le témoin aussi silencieux qu'impuissant l'avait complètement retourné. Voyez, d'ailleurs, sa mine piteuse, sa queue battant tristement, ses grands iris brillants qui témoignaient tant du regret qu'il éprouvait à ne pouvoir confier la vérité à June...

-Oh, ne me fais pas ces yeux-là, toi... lui glissa l'intéressée, parfaitement consciente de là où l'animal voulait en venir.

Parce que "ces yeux-là" parvenaient à obtenir d'elle énormément de choses : câlins, envahissement d'espace vital, friandises, pardon pour les mille et une petites bêtises que seuls les chats savaient fomenter. Et il n'y avait pas que l'archéologue qui s'y laissait prendre... ça en devenait même parfois un peu irréel, tant ils ressemblaient à une famille dont l'enfant unique nécessitait vingt-quatre heures journalières de soins et d'attention tendre...

Bref, quoi qu'il en fût, ledit félin se trouvait à des lieues de toutes ces considérations ; après s'être repu grâce à son maître, il avait à présent soif, et aucunement l'envie de sauter du haut du plan de travail pour rejoindre son écuelle. Alors J était gentille, soit elle le portait jusque là-bas, soit elle lui trouvait autre chose, et de préférence à son goût. Seconde option qui ne manqua pas d'arriver, la demoiselle ayant eu le malheur -comme elle le reconnaissait sans mal- de croiser un peu trop longtemps le regard de l'émouvante créature. Bien sûr, que l'archéologue possédait de la volonté, il en fallait pour avancer dans la vie, surtout dans une existence pas vraiment stable, faite de voyages et de courtes pauses. Sauf dans certains cas très précis, comme celui-ci.

-D'accord, d'accord. Attends juste une minute.

Le temps de sortir une assiette creuse, et d'emporter le tout au bout de la table, au plus près du frigidaire. Une demi-bouteille de lait y passa presque, au plus grand plaisir du chartreux qui d'un vif mouvement de queue remercia son esclave personnel bis, reléguant l'idée d'un thé à une autre fois : après tout, un liquide chaud aurait dilaté les vaisseaux sanguins du visage de Ben, ce qui aurait rendu encore plus douloureux ses bleus, et été contre-productif vis-à-vis de la glace appliquée contre sa pommette. Du lait froid dans une tasse, et non dans un verre ? Oui, parfaitement. June n'avait pas peur de sortir des sentiers battus, un récipient étant un récipient. Pas de chichis propres au beau sexe particulièrement pointilleux en matière d'arts ménagers, à croire que son second chromosome X avait tendance à se la jouer discrète.

Le frigo fut refermé avec une expression agréablement surprise : l'explication du professeur de yoga s'avérait plaisante, positive, redonnant un peu confiance en la nature humaine : il restait au moins quelques êtres pas si mauvais que cela pour leur éviter de se sentir trop isolés au milieu des autres, si indifférents, si froids et mal intentionnés !

-C'est vraiment gentil de sa part, remarqua June sans une once de jalousie, trouvant même amusant qu'un cours de yoga -tourné par définition vers le bien-être du corps- puisse tourner à la mise à mort en règle d'un cake au chocolat, sans souci des calories.

Il ne lui vint même pas à l'idée de se demander pourquoi, pris à partie par une bande ou un malfrat isolé, Benjamin n'avait tout simplement pas tiré de son sac le fameux couteau, certes peu mortel lorsque tenu par des mains pas franchement habituées à ce genre de menace, mais tout de même assez intéressant d'un point de vue dissuasion. En fait, si, elle y pensa un bref instant, son inconscient travaillant pour elle, doté d'une voix trop faible cependant pour être entendu : les preux chevaliers se blessaient mais ne blessaient pas, paradoxalement, trop loyaux pour utiliser la violence, même afin de se sauver. Oui, reconnaissons-le, cela sonnait horriblement niais, mais quelle aurait été l'autre explication ? Ben se serait volontairement fait refaire le portrait, pour ne pas abimer l'ustensile de cuisine de son élève ?

-La prochaine fois, je me débrouillerai pour m'incruster à ton cours, ajouta Dolorye en revenant vers lui, lui tendant sa tasse, en femme bien dans ses baskets n'ayant jamais songé à un quelconque moment à surveiller sa ligne de façon draconienne. Et comme ça, je pourrai servir de garde du corps à Monsieur McGiver en personne.

Bien sûr que son amie avait foi en ses talents de bricoleur, bien moins en son improvisation de mâle alpha, et sans doute encore moins en sa propre personne métamorphosée en Wonder Woman apprenant les bonnes manières aux délinquants tout en préservant l'intégrité physique de ses proches. ça ne coûtait cependant rien de rêver... Et qui savait, elle les aurait peut-être bluffés, elle y compris, si elle s'était tenue devant l'agresseur de Strickland, pas plus épaisse que le professeur, mais au minimum tout aussi déterminée à ne pas se laisser marcher sur les pieds.

-Et si jamais à la nuit tombée, tu ne te sens toujours pas d'attaque... Ton copilote te laissera faire, bien sûr, n'est-ce pas ! Mais tu sais que tu peux compter sur moi. Pour la glace, et même ta serrure, puisque Manhattan est plus que jamais une jungle où il ne fait pas bon tenter le diable.

Oh oui, superbe idée, faire comme d'habitude et ne quitter l'appartement de Strickland qu'à l'heure de se coucher, soit grosso modo faire le pied de grue pour le contempler réparer une serrure forcée, quel plan mirifique. D'où l'intérêt de n'avoir que des connaissances féminines dépourvues de tout attrait pour le travail manuel sous toutes ses formes, et n'ayant même aucune idée de ce à quoi pouvait bien servir un tournevis. Sachant que bien sûr, l'inviter à camper dans son salon n'aurait en rien effrayer l'exploratrice -on vous avait dit pas de manières !-, même si pareil plan de secours n'aurait pas forcément été du meilleur effet, vu qu'il signifiait laisser tout de même un appartement ouvert aux quatre vents... D'accord, il y avait un gardien à l'entrée, et un code pour ouvrir la porte ; d'accord Benjamin serait "à l'abri", plus qu'avec une serrure hors de course. Mais en tant de paix, sans orage ni drame, on a encore tendance à s'attacher au choses matérielles, si secondaires lorsque nos priorités se voyaient revues par l'adversité...
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William T. Taliesin


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MessageSujet: Re: "La grande amitié n'est jamais tranquille"   Mar 30 Oct - 15:02

    ▬ " Je tiendrai. Je décrocherai toujours, tu sais bien. "

À
cela William ne put que sourire doucement. Il le savait bien en effet pour en avoir fait de multiple fois l'expérience, June avait toujours décroché quelque soit l'heure ou le lieu, même la première fois ou une série de nombres inconnus s'était affichée à une heure avancée sur l'écran de son téléphone. Lui qui avait toujours apprit à avancer seul en évitant à tout prit de s'appuyer sur une épaule qui pouvait si facilement défaillir, volontairement ou non, pour le laisser chuter dans le vide, avait décidé, à l'orée de sa nouvelle vie, de chercher quelques choses, ou plutôt quelqu'un, à qui se raccrocher pour ne pas perdre pied. Il s'était livré dès lors à un exercice dont il ignorait les règles principales, guidé par "l'enthousiasme" même de la jeune femme qui lui apprit sans s'en apercevoir des bases sociales qui lui avaient jusqu'alors échappées. Donc oui, Will savait qu'elle décrocherai toujours et si un jour cet immuable fait devait ne pas se produire il est fort probable que cela engendrerait l'angoisse de l'ex-agent qui s'empresserait de trouver la raison de ce silence. Mais cette situation ne se présenterait pas, n'est-ce pas ?

    ▬ " Oh, ne me fais pas ces yeux-là, toi ... " Inutile de se retourner pour deviner que ces mots ne lui étaient pas adressés. Il n'y avait qu'une seule créature qui pouvait attirer ce genre de réflexion ici et quelque chose lui disait qu'elle usait de tous ses atouts félin pour acquérir une source de contentement quelconque. Car le maître de ces lieux n'était pas forcément celui que l'on pouvait penser, Will avait osé accueillir cette petite boule de poils entre ses murs et avait rapidement constaté que son pouvoir de manipulation était sans commune mesure avec tout autre animal. Et si le félin arrivait à l'avoir à l'usure, il utilisait bien souvent une autre tactique avec l'autre "occupante" des lieux qui était beaucoup plus sensible aux yeux doux et autres réclamations plus ou moins discrètes d'attention. " D'accord, d'accord. Attends juste une minute. "

C
urieux de savoir ce qu'avait pu obtenir le félin, William se tourna un peu sur son siège pour suivre June du regard tout en répondant tout naturellement à son interrogation sur le couteau qui avait échoué dans l'évier. S'il était satisfait de voir que son nouveau mensonge semblait satisfaire la demoiselle, il n'en était pas fier pour autant. Il se plongea alors dans l'observation du chat qui était tout bonnement ravi de cette assiette de lait qu'il avait réussi à obtenir par la force du regard.

    ▬ " C'est vraiment gentil de sa part, la prochaine fois, je me débrouillerai pour m'incruster à ton cours, et comme ça, je pourrai servir de garde du corps à Monsieur McGiver en personne. " William lâcha du regard son compagnon à quatre pattes pour revenir vers June avec un sourire légèrement amusé qui chassa ses pensées troubles.
    ▬ " Voilà qui est une bonne idée, je me sentirais définitivement plus en sécurité avec une garde du corps aussi intimidante que toi. Et puis ça va faire un petit moment que tu n'es pas venu faire quelques exercices, tu dois être un peu rouillé depuis le temps. "

M
algrès ses quelques pensées troublantes et sa tête encore douloureuse, William venait de trouver de quoi sourire gentiment de la demoiselle qu'il était bien loin de voir comme une protection infaillible contre diverses agressions physiques même si, comme le commun des mortels, elle disposait de ressources minimales en la matière. Il était juste dommage que William n'avait pas eu affaire à des agressions "communes". Entre temps, William avait docilement attrapé la tasse que June lui tendait en la remerciant et en constatant qu'il était au même régime que le chat. En voyant le tissu imbibé constituer sa petite flac sur la table, il envisagea durant quelques secondes de se coller la tasse sur le visage à la place des glaçons. Mais il ne pu se résoudre à de telles manières et préféra à nouveau appliquer le torchon humide sur son visage en déposant le récipient de lait sur la table pour quelques secondes.

    ▬ " Et si jamais à la nuit tombée, tu ne te sens toujours pas d'attaque... Ton copilote te laissera faire, bien sûr, n'est-ce pas ! Mais tu sais que tu peux compter sur moi. Pour la glace, et même ta serrure, puisque Manhattan est plus que jamais une jungle où il ne fait pas bon tenter le diable. " Peut-être que cela venait de son esprit encore quelque peu embrouillé par son mal de crâne mais Will eut un peu de mal à saisir le sens des mots de la demoiselle.
    ▬ " Et qu'est-ce que me propose ce "copilote" si à la nuit tombée je n'ai pas su faire entendre raison à cette serrure au juste ? "

L
a seule chose qu'il avait convenablement assimilé dans ce que June venait de dire, c'est que de toutes évidences la demoiselle n'était pas prête de partir. Nouvelle qu'il aurait accueilli à bras ouverts en temps normal mais qui actuellement le laissait un peu indécis même s'il ne le montrait pas.
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June N. Dolorye


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MessageSujet: Re: "La grande amitié n'est jamais tranquille"   Dim 4 Nov - 17:55

La demoiselle finit par se poser, c'est-à-dire prendre un siège, ce qui, chez une personne énergique aimant bouger, constituait une réelle preuve de l'existence d'une bonne volonté désireuse d'arrondir les angles afin de plaire à une société citadine pour le moins empâtée. Si William avait accompli de nombreux progrès grâce à elle en matière de sociabilité, l'on pouvait, comme à propos de tant de choses les concernant tous deux, dire que les améliorations s'étaient réalisées des deux côtés : June l'aventurière ne vivant que par sauts de puce à travers le monde, sans jamais s'attacher ni, au fond, prendre qui que ce soit en compte d'autre qu'elle-même, avait enfilé une paire de chaussons et s'était installée près d'une cheminée ronflante, laissant son sac à dos au placard ; au lieu de ne s'occuper que d'elle, à présent, elle veillait aussi sur un ancien voyageur en quête de taxi, et un peu déboussolé par les lumières de la ville...

La remarque de Benjamin quant à sa condition physique, survenue alors que la jeune femme prenait sa première gorgée de lait, provoqua une réaction marquée, qui dut cependant attendre que Jay déglutisse pour se trouver parée de mots à la fois ironiques et sérieux, soulignés par un index pointé digne d'une maîtresse d'école :

-Ne plaisante pas avec ça, je te prie. Je te rappelle que nous autres kiwis pure souche avons l'exercice physique dans la peau depuis le berceau. Et je t'en ferai la démonstration quand tu voudras.

Non mais, ça n'étaient pas les Yankees qui allaient apprendre à la nation la plus sportive ce que signifiait se dépenser ! Immense fan de rugby, ce qui s'était peu à peu mué en patriotisme aussi volontaire qu'enjoué, Dolorye avait même joué un temps dans l'équipe de son lycée, avant que ses études, très prenantes, ne la contraignent à exercer cette activité que de manière bien plus sporadique. Vous comprendrez donc que l'adjectif "rouillée" puisse aisément titiller chez elle ce qui, chez d'autres, pourrait s'appeler orgueil, notion tout de même difficile à conjuguer avec la charmante demoiselle, si positive, si éloignée d'un semblable défaut. Ben se "rebellait" lorsqu'on le pensait incapable de gagner un duel l'opposant à une serrure ; June réagissait à l'identique quand on la pensait casanière et gauche... Soyons beaux joueurs, n'utilisons pas cet énième point commun entre eux afin d'étayer une théorie répandue dont vous avez forcément entendu parler ; nous aurions eu l'air de vouloir détourner chaque détail pour mieux présenter comme évident le fait que les deux New-Yorkais allaient vraiment bien, voire trop bien ensemble. Ne disons rien, silence radio. C'était de toute façon tellement évident -sauf pour les deux intéressés- que cela se passait de commentaire.

Revenons plutôt au cas de l'archéologue, qui d'ailleurs avait été un peu surprise, plus d'un an auparavant, à l'occasion de son premier cours de yoga avec Strickland : non point qu'à l'époque elle considérât sa discipline comme indigne d'être considérée comme un sport, mais la voyageuse ne se serait jamais imaginée apte à aimer, voire même être douée en une spécialité nécessitant calme, immobilité, détente totale. L'escalade, le rafting, la randonnée, d'accord. Mais respirer, se laisser porter par une musique relaxante... Son père, d'ailleurs, au téléphone, avait cru à une blague lorsque sa fille lui avait raconté le nouveau domaine auquel elle s'essayait. Certes, J n'était pas encore bonne à classer dans les hyperactives chroniques ; parvenir à la faire asseoir dans une pièce fermée durant plusieurs heures, et ce parfois plusieurs fois par semaine, relevait cependant de la performance à saluer. Son énergie naturelle n'avait pas pour étant été complètement brimée, si bien que plaquer un malandrin en pleine rue à la façon des All Blacks ne lui aurait pas fait peur. Peut-être la miss avait-elle raté au fond sa vocation, entre athlète ou policière...

On en revenait toujours aux choix, et à leurs pouvoirs, leur capacité à influencer les choses de manière irrattrapable. Comme Will choisissant de devenir du jour au lendemain un citoyen américain lambda, sa meilleure amie avait attrapé le virus de l'Histoire et opté pour une toute autre voie. Un bien, un mal ? Pour le moment, si l'ex-espion pouvait encore être dans le doute, la chercheuse quant à elle se révélait bien contente de la tournure actuelle des évènements : la question de Ben, tombant parfaitement bien, lui permettait de proposer un projet s'étant formé avec aisance dans sa tête, et dont l'énonciation, non préalablement introduite par une invitation, aurait carrément placé la Néo-Zélandaise comme psychotique maniaque du contrôle et particulièrement déplacée en sa façon de sans cesse et à l'excès s'immiscer dans la vie de son ami.

-ça s'appelle le lâcher-prise temporaire, répondit June avec un léger haussement de son épaule gauche, signe que cette idée, quoi que lui tenant à coeur, ne lui briserait pas ce dernier si elle se voyait repoussée. Viens dormir à la maison ; on commandera des plats à emporter, et tu te détendras. ça ne serait pas une capitulation, juste une remise à plus tard, à demain par exemple. Thomas peut très bien demander au veilleur de nuit de passer jeter un coup d'œil de temps en temps ici pour s'assurer que tout va bien. Mais toi, tu ne ferais absolument rien, à part te détendre, ce qui est légitime après une journée pareille.

Et bien entendu, s'occuper de lui ne serait ni un problème ni un déplaisir, si ça pouvait lui rendre service et effacer cette fatigue de ses traits tirés. Sans compter que si jamais Strickland se trouvait mal suite à l'aggravation d'un œdème cérébral, où elle ne savait trop quoi, il y aurait au moins quelqu'un à ses côtés pour appeler les secours. Ne soyons cependant pas défaitiste : ça serait juste une bonne et tranquille soirée entre eux deux uniquement, où William serait déchargé d'absolument tout. Sauf de la culpabilité et de la peur de voir sa couverture être définitivement perdue, évidemment.
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William T. Taliesin


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MessageSujet: Re: "La grande amitié n'est jamais tranquille"   Mer 7 Nov - 17:08

J
une réussi enfin à se poser, après avoir fait livraison d'une tasse de lait à William elle s'assit sur la deuxième chaise qui meublait la cuisine. Will sourit de plus bel en notant la réaction de la demoiselle à ses dernières paroles taquines qui atteignirent de toute évidence la cible de la manière convenue. Dès lors satisfait de ses mots, il leva la tasse vers ses lèvres tandis que la jeune femme finissait d'avaler sa première gorgée de lait en levant un index mécontent vers lui.

    ▬ " Ne plaisante pas avec ça, je te prie. Je te rappelle que nous autres kiwis pure souche avons l'exercice physique dans la peau depuis le berceau. Et je t'en ferai la démonstration quand tu voudras. " Il est vrai que les origines de la demoiselle pouvaient laisser supposer quelques prédispositions à certaines activités physiques plutôt masculine mais si l'on commençait à prendre au pied de la lettre tous les stéréotypes sur les citoyens de chaque pays la liste des contradictions serait tout simplement innommable. Néanmoins, c'était June qui mettait les pieds dans ce plat alors Will suivi le mouvement avec un sourire.
    ▬ " C'est vrai que tu dois avoir quelques notions de plaquages au sol. Mais même si je suis curieux de voir ça, si je dois être le cobaye je préfère attendre."

I
l estimait être en effet assez chahuté pour la journée, voir pour quelques jours, surtout si c'était pour lutter contre une ancienne pratiquante assidu de rugby sur ce même terrain de jeu. Sur ces mots, Will reposa sa tasse et attrapa à nouveau le torchon aux glaçons bien diminués et se l'apposa à nouveau sur sa tempe douloureuse avant d'interroger la demoiselle sur la suggestion quelque peu évasive qu'elle venait de formuler.

    ▬ " Ça s'appelle le lâcher-prise temporaire. Viens dormir à la maison ; on commandera des plats à emporter, et tu te détendras. ça ne serait pas une capitulation, juste une remise à plus tard, à demain par exemple. Thomas peut très bien demander au veilleur de nuit de passer jeter un coup d'œil de temps en temps ici pour s'assurer que tout va bien. Mais toi, tu ne ferais absolument rien, à part te détendre, ce qui est légitime après une journée pareille. "

E
t dire qu'avant l'arrivée inopportune de June, Will n’aspirait qu'à la solitude et au "morfondage". L'apparition de la demoiselle avait été tout d'abord source d'une certaine tension étant donné qu'il y avait un peu trop de pièces à convictions qui traînaient encore et qu'il était encore trop tôt pour qu'il se sorte de ce mauvais pas sans mentir. Mais au regard de ces quelques minutes écoulées, il s'en sortait pas trop mal, il y avait certes ce mal aise vis-à-vis du tissu de mensonges qu'il étoffait pour éloigner June de la vérité mais il était au moins rassuré d'être encore capable de maintenir une façade de normalité malgré cette première véritable épreuve. Ceci pour dire qu'après tout cela, Will se surprit à considérer positivement la suggestion de la jeune femme. Lui qui se sentait encore sur le fil du rasoir, essayant d'éviter tout impaire qui ferait naître le doute chez son interlocutrice, envisageait de prolonger cette "entrevue" risquée. Mais la perspective de quitter cet appartement pour une autre qu'il connaissait et qui était vierge de toutes agressions, en compagnie de la seule véritable personne de confiance qu'il avait à ses côtés était tellement attirante qu'il semblait prêt à taquiner le risque.

    ▬ " Tu penses vraiment que je n'arriverais pas à faire entendre raison à cette serrure hein ? " C'est vrai que si on partait du principe que June venait de formuler une suggestion de secours au cas où il n'arriverait pas à réparer cette porte, ce qui c'est vrai arriverai s'il avait la jeune femme dans son dos et que son "invitée" avait utilisé une méthode un peu trop musclée pour forcer la serrure, elle avait un peu trop bien planifié son plan pour que cela ne soit qu'une simple roue de secours. " Mais je dois admettre que ça peu être un plan assez attrayant, dans le cas où je n'arriverais pas à réparer. "

W
ill insista sur la dernière partie de sa phrase avec un sourire. Au final il ne s'offusquait même pas de voir subitement sa soirée dessinée dans l'esprit de June. Après tout il ne l'avait jamais fait lorsqu'il lui arrivait de prendre ce genre d'initiative, Will s'était en effet découvert assez rapidement une faculté à suivre le sillage de June sans véritablement se poser de questions, d'autant plus qu'en général le résultat était assez plaisant.
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June N. Dolorye


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MessageSujet: Re: "La grande amitié n'est jamais tranquille"   Dim 2 Déc - 17:24

La femme n'avait en réalité que bien peu de pitié, et l'homme, se fiant à toute une éternité de mythes, de contes et de légendes, trompé par un joli minois et de gracieuses manières, ne regardait plus où il mettait les pieds, ce qui risquait fort, à terme, de lui jouer bien des tours inattendus. On parlait énormément de la place de la femme dans le monde moderne, là où la religion et les carcans protocolaires la cantonnait au rôle d'épouse et de mère effacée, mais honnêtement, ce marronnier du monde de la presse oubliait quand même de dire que lorsque ladite femme voulait quelque chose, elle l'obtenait, par la force ou par la subtilité. On se méfie beaucoup moins d'une intelligence cachée sous un sourire de potiche... William possédait encore bien sûr le bon sens de ne pas avoir catalogué June -ni même aucune femme- dans une sorte de cagibi tapissé d'idées préconçues et archaïques sur la condition féminine, venant d'ailleurs à peine de voire à quel point le beau sexe savait manier le couteau, mais l'offre qu'il venait de faire à l'archéologue trahissait encore une certaine ignorance. En rien vexante ou étouffante... Juste inhabile. Ce que dut très bien lui faire comprendre Dolorye en lui coulant un regard légèrement appuyé, du style "Tu es vraiment sûr de toi, là, gamin ?" Parce que vraiment, tout espion sous faux nom qu'il soit, ami et représentant d'une doctrine censée drainer les mauvaises ondes, là, il venait de se mettre dans de beaux draps, et ne pourrait compter sur aucune forme de compassion quand il "verrait cela", comme il disait.

-J'en prends bonnes notes, se contenta pourtant de répliquer June d'un air désinvolte, comme elle aurait inscrit dans son agenda un rendez-vous chez le dentiste.

Après tout, un peu de fair-play ne pouvait faire de mal, surtout que la victoire remportée face à un blessé n'aurait eu aucun panache. Non, mieux valait attendre, et ourdir dans l'ombre une offensive des plus fourbes où des polochons se verraient dégainés en règle, ne laissant aucune chance à son adversaire, ni à l'éventualité de garder son sérieux plus de cinq minutes.

D'ailleurs, ce fut toujours avec un sérieux docte digne d'un professeur que la demoiselle continua à perpétrer le crime d'ironie innocente, preuve vivante que ces dames n'avaient définitivement pas froid aux yeux :

-Question d'équilibre cosmique. Mets-toi un peu à la place du reste de l'univers : comment ferions-nous, nous autres pauvres mortels, si tu réussissais tout ce que tu entreprenais, et changeais le plomb en or rien qu'en le touchant ? Non, définitivement non, ça échapperait de trop à la raison.

Et ils savaient déjà tous deux à quel point le monde marchait déjà sur la tête à l'heure actuelle ! Mais le plus essentiel était d'au moins s'assurer qu'un échec, à nos yeux bénins, ne se muerait pas en drame pour lui qui avait déjà reçu plus que sa dose journalière d'ennuis. Il serait tout à fait compréhensible qu'à ce stade, le moindre pépin devenait capable de vous laisser les nerfs à vif, à la fois irrité et déprimé, sans plus autre désir que celui de tout laisser tomber autant que de tempêter contre la terre entière. Or, rater quelque chose ne signifiait pas avoir tout raté ! Ni même être incapable de par la suite réussir. Ben n'en était pas encore là, Dieu merci, mais June n'avait pas oublié ces courtes absences qui, au tout début de leur relation, le laissaient un peu ailleurs, en marge de la vie, observateur morne et passif, tel un fantôme commençant à s'effacer. Ils en avaient fait du chemin depuis cette époque, mais l'archéologue n'avait jamais abandonné ses réflexes de "psychothérapeute". De ce fait, elle lui assura de nouveau avec douceur qu'il n'était pas seul à ramer dans la galère de la vie :

-Ma porte est toujours ouverte. Et ça vaut également pour ton compagnon à quatre pattes, ajouta Jay en songeant soudain au sort du "pauvre" chat, qui se retrouverait tout seul dans ce grand appartement vide jusqu'au matin.

Car si le professeur de yoga ne parvenait à convaincre la port de se fermer, il faudrait alors persuader l'animal de déménager provisoirement... Longue et rude journée, définitivement.

-Tu crois qu'il se laisserait faire ?

Sincèrement, June ne savait trop comment tourner le problème : laisser la boule de poils sans surveillance, avec en plus la possibilité de prendre la poudre d'escampette vers Dieu savait où, ne paraissait pas être un si bon plan que ça, mais en même temps, si le placer arbitrairement dans un nouvel environnement le perturbait de trop, ça risquait vite de tourner au carnage de canapé si la délicieuse créature devenait nerveuse. N'ayant jamais eu d'animaux -et d'ailleurs étant sans doute au fond plus chien que chat-, Dolorye laissait pleinement la prise de décision au propriétaire de l'intéressé qui, bien que lui ayant communiqué son affection pour le chartreux, n'en demeurait pas moins plus spécialiste qu'elle sur le sujet.

-Et tant que tu y es, demande-lui donc s'il aime la cuisine thaï. ça réduira le champ des possibilités en cas de dîner improvisé, souligna la jeune femme avec un fin sourire amusé.

Bien sûr, un chat, tout comme n'importe quel être vivant, avait un régime à suivre afin de rester en bonne santé, et June ne désirait en rien le rendre malade, mais l'idée de le voir jouer du bout des pattes avec une crevette persillée, histoire d'évaluer le taux de menace de cette chose inconnue, la divertissait innocemment d'avance.
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William T. Taliesin


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MessageSujet: Re: "La grande amitié n'est jamais tranquille"   Lun 1 Avr - 13:48


La grande amitié n'est jamais tranquille


    ▬ " J'en prends bonnes notes. "

C
ette réplique désinvolte attira un mince sourire sur les lèvres de William qui préféra en laisser là cette affaire pour le moment. Ils auraient en effet bien le temps de prouver ce qu'il y avait à prouver en temps et en heure. Leur conversation se mit alors à tourner autour de la planification imprévue de la soirée, June ayant en quelques phrases élaborée son plan Will n'eut qu'à se contenter d'écouter cette suggestion inattendue mais intéressante étant donné sa motivation qu'il n'arriverait guère à mobiliser pour toutes activités solitaires. Et pourtant, la proposition de la demoiselle n'était pas non plus sans risque car l'homme allait probablement devoir s'empêtrer dans son mensonge notamment en ce qui concernait cette foutue porte ... C'est avec une certaine ironie qu'il fit remarquer à la jeune femme le peu de confiance qu'elle semblait avoir sur ses prétendus talents de serruriers.

    ▬ " Question d'équilibre cosmique. Mets-toi un peu à la place du reste de l'univers : comment ferions-nous, nous autres pauvres mortels, si tu réussissais tout ce que tu entreprenais, et changeais le plomb en or rien qu'en le touchant ? Non, définitivement non, ça échapperait de trop à la raison. " C'est le nez dans sa tasse que Will laissa échapper un léger rire face à la réplique de June. Rire qui ne fit pas long feu au vu de ce qu'il faisait endurer à son visage endolorie mais qui n'en resta pas moins agréable au beau milieu de ce que sa mésaventure faisait remonter.
    ▬ " Vu de cette manière, je m'en voudrais de déséquilibrer le cosmos pour une histoire de serrure. "

W
ill abaissa à nouveau sa tasse alors qu'il commençait enfin à mettre le doigt sur une idée pour se sortir de cette "crise" indemne. Oui car s'il tenait toujours bonne figure cela faisait quelques instants que les rouages de son cerveau cherchait une solution aux problèmes qu’entrainaient cette histoire de serrure.

    ▬ " Ma porte est toujours ouverte. Et ça vaut également pour ton compagnon à quatre pattes. Tu crois qu'il se laisserait faire ? " Tout à sa satisfaction d'avoir trouvé une idée exploitable, Will posa par réflexe ses yeux sur le félin qui était entré dans la discussion sans crier gare. Il fallut un court laps de temps à l'homme pour raccrocher à la conversation et comprendre la teneur de la question avant d'afficher une moue pensive.
    ▬ " Possible ... S'il trouve un dédommagement à la hauteur du désagrément à l'arrivée. "

L
e félin, tout à sa dégustation lactée, ne semblait pas avoir prit conscience que ses deux compagnons bipèdes discutaient de son sort. Car si Will n'avait pas officiellement accepté la proposition de June c'était tout comme à présent et n'envisageait donc pas de s'opposer à une soirée hors de chez lui et de sa mésaventure du jour. Et même si l'animal n'avait jamais véritablement quitté l'appartement si ce n'est pour quelques visites chez le vétérinaire son propriétaire avait dans l'idée que s'il restait avec des personnes connues il s'habituerait à un nouvel environnement.

    ▬ " Et tant que tu y es, demande-lui donc s'il aime la cuisine thaï. ça réduira le champ des possibilités en cas de dîner improvisé. " A ces mots Will releva les yeux vers la jeune femme avec un sourire qu'il étira doucement sur ses lèvres pour éviter de trop solliciter son visage.
    ▬ " Alors là, je pense qu'il faudrait jouer la sécurité et emmener quelques choses qu'il a l'habitude de consommer au cas où ce total dépaysement ne soit pas de son goût. " Sur ces mots il bu une dernière gorgée avant d’estimer qu'il était temps de se remettre sur pied, ce qu'il fit calmement. " Mais dans le cas où je déséquilibre le cosmos en réparant cette serrure, est-ce que cette invitation tiendra toujours ? "

O
ui, autant savoir à quoi s'en tenir, car maintenant qu'il s'était fait à l'idée d'échouer en terrain ami le temps d'une soirée il serait dommage que cela ne ce fasse pas au final. D'autant plus qu'il était parti dans l'idée que sa précédente "invitée" avait usé d'un moyen invasif pour entrer chez lui mais il était aussi fort possible que ces doigts agiles connaissent une technique un peu plus actuel et discrète qui n'avait pas détruit la serrure. Et dans ce cas là cette porte allait se fermer et s’ouvrir aussi bien qu'autre fois et il se serait creusé la tête pour rien.
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June N. Dolorye


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MessageSujet: Re: "La grande amitié n'est jamais tranquille"   Lun 6 Mai - 8:51

Le rire de Benjamin. Le sourire de Benjamin. L'espèce humaine était souvent dépeinte pour se révéler au final démesurément mercantile, ne courant qu'après l'argent, le succès et la gloire, toutes ces choses intangibles qui ne rassasient pas une âme ; pourtant, si June avait dû choisir un bien qui ne se comptait ni ne se touchait, elle aurait gardé dans une petite boîte tous ces petits moments fugaces où son ami retrouvait le moral, ou tout simplement témoignait de sa bonne humeur. ça, ça en valait la peine, de manœuvrer un humour pas forcément excellent, d'exploser son forfait téléphonique, de passer la majeure partie de son temps libre avec une seule personne. ça donnait même soudain son utilité au pur hasard l'ayant poussée à quitter son appartement pour le trouver amoché et légèrement pris de court : selon un modèle encore rare de cercle vicieux bénéfique, donner du sien pour voir les commissures des lèvres de l'Américain se relever ne serait-ce qu'un brin, et surtout constater du résultat lui redonnait toujours un petit regain d'énergie, dans le plus pur style des dessins animés : "encore une mission réussie pour super-June !". Ne restait plus qu'à voir si notre pimpante héroïne serait à la hauteur vis-à-vis des prouesses de Ben en matière de bricolage ainsi que du cataclysme qui le suivrait certainement... Mais à voir le sourire qu'elle rendit à son ami alors qu'il se levait, ça n'avait pas l'air de vraiment l'inquiéter.

-Ton chat aura l'immense honneur d'avoir la possibilité de me convaincre d'éventuellement adopter un de ses congénères un de ces jours. Il s'agit certes d'une mince éventualité, mais ça sera néanmoins l'occasion pour lui d'emporter l'avantage face aux canidés. Et ce n'est pas une opportunité qu'on rencontre tous les jours, crois-moi.

Mais c'était vrai pardi : au delà de l'éternel guéguerre en chats et chiens, la boule de poils de Strickland serait la première tentative pour la jeune femme de vivre -certes un court instant, mais quand même- en compagnie d'un animal, et de voir si cela lui plaisait. Certes, avec son métier pouvant l'envoyer la semaine suivante à l'autre bout du monde, ce qui n'était pas forcément l'idéal lorsqu'une petite créature dépendait de vos soins, mais cela faisait deux ans à présent que cette vie aventureuse entre deux avions et un million de latitudes différentes avait été mise entre parenthèses, visiblement pour un moment conséquent, assez pour accueillir un animal de compagnie, Ben étant de plus assez serviable pour, en cas de départ imprévu, la dépanner en gardant avec lui son compagnon. Ne resterait plus lorsque l'archéologue se sentirait prête qu'à choisir ; le chat de Strickland certes l'encourageait à choisir un félin, mais en considérant son caractère de sportive, un chien avec qui faire le tour de Central Park en courant ou faire du VTT en forêt le week-end semblait plutôt mieux lui correspondre.

June n'avait jamais pourtant éprouvé l'envie dans son enfance d'avoir un animal, pas même un hamster pour Noël, et avait même relâché le poisson rouge qu'elle avait gagné une fois à la fête foraine dans un étang ; peut-être était-ce parce qu'elle avait dû se montrer adulte un peu plus tôt que les autres, qu'un garçon manqué n'éprouvait pas le besoin d'enfouir son visage dans une fourrure douce et chaude. Nous ne sommes pas assez psychologues pour dire si l'absence de sa mère lui avait enseigné à, inconsciemment, se satisfaire d'elle-même, et éventuellement trouver du bonheur en la présence des autres... Son père et elle avaient formé un duo si fusionnel que rien n'avait semblé lui manquer, ni pouvoir un jour évoluer. Pourtant, si le lien père-fille ne s'était pas émoussé, il y avait eu les voyages, et puis Benjamin... Les choses pouvaient changer, et le plus sage consistait à garder une certaine souplesse, toujours, et à ne se fermer aucune porte, comme par exemple en proposant un dîner à son ami en n'ayant pas spécialement quoi que ce soit dans son frigo qui puisse constituer un vrai repas digne de ce nom. Qu'importait, de la spontanéité et un peu d'improvisation n'avaient jamais tué personne !

En tout cas, le revoir sur ses deux pieds, peut-être pas immensément fringuant mais déjà sans doute mieux que ce que son attitude désinvolte de tantôt avait dû planquer, voilà qui avait de quoi la rendre totalement confiante quant au fait que cette journée revenait doucement mais sûrement sur les rails.

-ça marche, lança Jay en se levant à son tour, motivée. Je refais des glaçons et m'occupe de son baluchon de survie, pendant que tu remets en question les préceptes de la physique quantique.

Et avec aisance, elle remit la main sur la plaque à glaçons laissée sur la table, où des résidus d'humidité avaient laissé quelques gouttes fraîches heureusement sans gravité pour la propreté du meuble, et se dirigea vers l'évier à présent inoffensif pour y remplir les petites cases d'eau et précautionneusement se diriger vers le frigidaire, s'efforçant de faire ce que toutes les petites filles avaient au moins une fois fait dans leur vie, devant leur miroir et un livre en équilibre sur la tête : marcher posément, droit et surtout sans trembler sur une courte ligne droite, le regard allant de sa destination au récipient plein à ras bord.

-Sans problème, répliqua-t-elle enfin, concernant le plan réglant leur fin de soirée comme du papier à musique, toute potentielle apocalypse mise de côté. Le livreur aura même droit à un bon pourboire pour avoir pris la peine de se déplacer en pareille situation.

Et à quoi ressemblerait-elle, cette fin du monde ? Quelque chose de poétique et de beau, comme la fin du film Armageddon, avec une humanité qui en ses derniers instants s'abimeraient dans la contemplation des étoiles ? De brutal, si les océans se soulevaient, et la terre s'ouvrait en d'immenses crevasses bouillonnantes de lave ? Ou tout simplement de terrifiant, si le monde se retrouvait plongé dans le noir, attrapé à la gorge par cette peur enfantine d'être seul et aveugle, séparé de ceux qui comptaient le plus.
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William T. Taliesin


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MessageSujet: Re: "La grande amitié n'est jamais tranquille"   Dim 1 Sep - 17:50

B
ien loin de saisir la teneur de la discussion entre ses compagnons bipèdes le félin dégustait le prix qu'il avait durement négocié avec June. Cette simple scène sembla laisser songeur Will dont le regard resta immobile quelques instants.

    ▬ " Ton chat aura l'immense honneur d'avoir la possibilité de me convaincre d'éventuellement adopter un de ses congénères un de ces jours. Il s'agit certes d'une mince éventualité, mais ça sera néanmoins l'occasion pour lui d'emporter l'avantage face aux canidés. Et ce n'est pas une opportunité qu'on rencontre tous les jours, crois-moi. " Ces mots attirèrent un nouveau sourire sur son visage qui n'en demandait pourtant pas tant. Il devait bien avouer qu'il était plus enclin à voir la demoiselle en compagnie d'un chien plutôt que d'un chat même si la notion d'appartement écartait un peu les races de canidé qu'il pouvait visualiser à ses côtés. Mais pourquoi se cantonner à une image, après tout la jeune femme s'était toujours bien entendu avec le véritable maître de ces lieux qu'il dirigeait avec une ferme patte de velours.
    ▬ " Moi qui croyais qu'il t'avait déjà convaincu. "

P
reuve en était d'ailleurs cette actuelle assiette de lait qui occupait le félin. Sur ces mots c'est un air légèrement amuser que releva Will vers la demoiselle qui elle se souciait du futur repas de leur ami à quatre pattes. A cette interrogation le propriétaire de l'intéressé préféra assurer leurs arrières en suggérant d'emmener une dose des croquettes habituelles pour parer à tout désintéressement et vengeance de félin mécontent du menu proposé. Et sur ces mots Will se redressa avec précaution, guettant un signal d'alerte qui ne vint pas.

    ▬ " Ça marche. Je refais des glaçons et m'occupe de son baluchon de survie, pendant que tu remets en question les préceptes de la physique quantique. " Même si le doute ne semblait plus vraiment planer quant-à la suite du programme, Will préféra interroger sa futur hôte.
    ▬ " Mais dans le cas où je déséquilibre le cosmos en réparant cette serrure, est-ce que cette invitation tiendra toujours ? "
    ▬ " Sans problème. Le livreur aura même droit à un bon pourboire pour avoir pris la peine de se déplacer en pareille situation. "

C
ette remarque amusa à nouveau Will qui n'oublia pas pour autant qu'il devait filer voir cette porte avant que June n'achève ses projets et trouve de l'intérêt à venir voir de quoi il en retournait elle-aussi. C'est donc en silence mais avec un fin sourire qu'il disparut de la cuisine et prit la direction de l'entrée en oubliant pas de se saisir de ses clés au passage. Son regard pâle se posa presque instinctivement sur la chaise qui était restée là en souvenir de ce moment désagréable qui avait entrainé cette étrange situation à l'arrivée inopportune de June. Mais bientôt toutes ses pensées se tournèrent vers cette fameuse porte d'entrée et sa serrure malmenée.
C
'est avec un certain soulagement que l'ex-agent pu constater que sa précédente visiteuse avait un doigté de spécialiste qui n'avait pas durablement endommager l'ouverture. Que ce soit par l'usage de la poignée ou des clés la porte acceptait de se fermer et de s'ouvrir sans trop grandes protestations même s'il était évident que la serrure était légèrement grippée. Mais ce n'est qu'une fois consciencieusement assuré que la serrure était relativement en bon état de marche que Will se décida à se manifester.

    ▬ " Tu crois que le cosmos va résister si je t'avoue que je ne devais juste pas avoir les yeux ouverts tout à l'heure et que je me suis escrimé contre une serrure coopérative ? "

C
'est en effet la meilleure excuse que son imagination avait trouvé pour justifier l'impair commit. Ne sachant guère si June avait quitté la cuisine ou non il s'était exprimé à haute voix alors qu'il refermait cette porte qui avait bien failli lui causer de nombreux soucis.

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June N. Dolorye


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MessageSujet: Re: "La grande amitié n'est jamais tranquille"   Sam 28 Sep - 18:44

Amusant, que Will lui parle d’être convaincue. Parce que précisément, dans son cas particulier, admettons-le tout de même plus complexe que celui d’un animal de compagnie à l’univers ma foi particulièrement pauvre en matière d’espions et de scènes de torture, il l’avait convaincue sans même un effort, sinon celui de conserver son calme. Le paradoxe semblait assez flagrant, en parfait accord avec ce vieil adage de roublards assurant que plus le bobard proféré était « gros », et mieux il trouvait sa place dans le réel, entre deux parts de vérités, semblable à un virus s’inserrant dans l’ADN d’une cellule. Avec les résultats que l’on connaissait : multiplication, mort de l’hôte, dépérissement de l’organisme en son ensemble…

Ça allait pourtant bien pour le moment, vraiment. D’un haussement d’épaules ironique, la Néo-Zélandaise laissa planer un pseudo doute, sur une question tellement subsidiaire par rapport à ce à côté de quoi elle passait, en totale inconnaissance de cause. Ça n’avait été qu’une idée en l’air, quoi que prendre avec elle un petit compagnon à fourrure, en fin de compte, puisse se métamorphoser en réel projet, quoi qu’encore pas vraiment quelque chose de sérieux sur le moment. Le chat n’allait pas prendre ça pour argent comptant, si ? Ses mots, pour le coup, la miss ne les avait pas vraiment mesurés, se disant après coup que ce n’aurait pas grande importance. Sauf que les petits paillons de rien du tout, avec leurs ridicules ailes, engendraient des ouragans à la moindre agitation, quelque part à l’autre bout du globe…

Le mouvement vint non pas d’un insecte, mais bien de l’archéologue, qui reprit sa prospection dans la cuisine, toujours avec cette légère déconcentration liée aux gestes si habituels qu’ils ne nécessitaient même plus d’impulsion de la part de son esprit pour s’enchaîner. La question des glaçons trouvant une conclusion avec la porte du congélateur refermée, on abordait une seconde étape, bien plus « critique » : celle de la préparation de Monsieur Pattes de Velours à sa soirée très spéciale. Ce qui l’amena à, source de risques pour l’ancien agent, changer de position, hors de la vue de ce dernier –ce qui signifiait cependant que du coup, elle ne pouvait pas non plus le voir. Direction un placard bien particulier dans la chambre du professeur de yoga, juste à côté de sa penderie. En fait, il s’agissait effectivement de sa penderie, simplement la place avait peu à peu grignotée par les affaires de son colocataire à poils. Jay y trouva sans trop de mal ce qu’elle cherchait : une caisse de transport en plastique comme on en voyait dans tous les aéroports, gares ou animaleries de centre commercial. Celle-ci cependant devait être neuve, ou quasi, compte-tenu du caractère plus que casanier de son passager : depuis le temps que Benjamin avait pris ce colocataire sédentaire à l’extrême, Dolorye n’avait souvenance de l’avoir déjà vu s’aventurer ne serait-ce que dans le hall, ou même le couloir. Ce n’était pas avec son petit bidon de bienheureux qu’il allait partir en vadrouille dans le grand New-York, à la chasse au pigeon, ou pour taquiner les chats de gouttières ! Ses seules sorties se résumaient au vétérinaire, une visite tous les ans tournant bien souvent au parcours du combattant tant le sixième sens de l’animal lui murmurait Dieu savait comment qu’il était temps pour lui d’échapper à son maître et à son bras droit appelée en renfort par tous les moyens possibles. Et alors pour le faire rentrer dans sa boîte, on ne vous raconte même pas l’énergie et les machinations retorses que cela demandait… Pour le coup, J espéra qu’il se montrerait plus coopératif : il s’agissait certes d’un objet associé à bien des notions négatives pour leur ami miniature, mais pour le coup, la destination serait beaucoup moins stressante et déplaisante qu’une salle d’attente pleine d’autres petits pensionnaires et d’un cabinet sentant la javelle. Comment cependant le faire comprendre à un chat ?

Tout en y réfléchissant, l’archéologue se retourna, et alla trouver toujours avec la même grâce inconsciente une couverture, tout en haut d’une armoire dans laquelle l’Américain entreposait cette fois tout ce qui s’approchait de près ou de loin à du linge de maison : un peu de confort supplémentaire constituerait peut-être un atout en sa faveur ? Un petit matelas douillet fut ainsi préparé pour le matou, l’aimable piège préparé à même le lit de Ben, sans que cela la trouble ; allons, nous étions bien loin de l’époque ancestrale où une jeune femme ne pouvait sans rougir jusqu’aux oreilles pénétrer dans la chambre d’un homme sans sa gouvernante sur les talons… Et puis il était son meilleur ami, il n’y avait vraiment aucune gêne à avoir.

Son « panier » fin prêt, June repassa à la cuisine, et s’en suivit une brève parodie de ces célèbres scènes de western, où le chasseur de primes échange un regard appuyé avec le desperado du coin, au beau milieu de la rue principale, seulement peuplée de leur duo électrique et d’une salsola emportée par le vent du désert tout proche. Brève oui, car ils n’auraient su offenser la mémoire révérée de John Wayne : la demoiselle usa de sa douce détermination pour poser le problème sans ambages, à défaut d’avoir un colt sous la main.

-Ecoute mon grand, ce n’est pas contre toi, mais tu n’as pas vraiment le choix. Tout ce que je peux te dire, c’est que je ne te veux aucun mal, et que tu seras vraiment bien là où je t’emmène. Tu veux bien éviter de me faire des misères et ne pas me forcer à te courir après dans tout l’appartement… ?

Le félin, qui avait vraiment eu l’air de l’écouter, pencha la tête sur le côté, en une « expression » pouvant signifier aussi bien l’acceptation que l’hésitation, ou encore l’incompréhension la plus totale. La Néo-Zélandaise fit une première tentative, s’approchant un peu avec la cage ouverte… Puis encore un peu… Le chat se redressa sur ses pattes, et fit mine de faire un écart, mais une poussée appliquée à son derrière le convainquit de prendre place. Waa, un nouveau record venait d’être inauguré ! D’ordinaire, il fallait au moins trois essais ; à croire que le lait constituait un excellent moyen de corruption avec ce fieffé coquin capable de vous faire tourner, malgré ses airs débonnaires, en bourrique. La petite porte grillagée refermée et verrouillée, June souffla, plutôt ravie que ce se soit déroulé sans trop de heurts. Prenant la cage avec précaution, pour ne pas secouer de trop son locataire, elle rejoignit enfin Strickland, juste à temps pour bénéficier de son ultime diagnostic. Non sans un léger sourire un peu maternel et amusé ; ah là là, sacré Ben…

-Pour le moment, tout à l’air de tenir le choc. Avec tout ce qui t’est arrivé, c’est compréhens…

Sa phrase ne put trouver de conclusion, brutalement interrompue par un éternuement qui lui fit prestement détourner la tête, le dos de sa main libre appliquée contre son nez chatouillé sans crier gare. Son protégé émis depuis sa boîte un miaulement d’humeur, en signe d’indignation envers cette secousse impromptue. Il n’eut en guise d’excuse qu’un calme atterrissage, le temps que la demoiselle se rende compte que le tour de ses poches la laissait insatisfaite :

-Benjamin, ça t’ennuie si je te pique un mouchoir ? demanda la blonde, en avançant d’ores et déjà la main tantôt asservie à la caisse vers le manteau du professeur, pendu à une patère.

Le problème, avec vos bons mis, c’est qu’ils savent en gros ce que vous avez sur vous, à savoir un petit paquet de Kleenex, quelque part dans vos vestes. Et qu’ils sont assurés d’avoir votre aval, d’où une légère prise d’avance par rapport à votre réponse.

Le vrai problème, en fait, dans le cas présent, c’était que c’était dans une poche de ce manteau en particulier que l’ancien espion avait caché la paire de menottes de son amie russe. Et qu’à l’évidence, cet accessoire n’avait rien en commun avec des mouchoirs en papier, ou encore un goûter en plein air –enfin… pas un goûter au sens classique du terme. Sous le coup de cette menace aussi rapide qu’imminente et plus périlleuse encore que tout le reste, verrait-il les doigts de June comme au ralenti se rapprocher inexorablement de ce qui devait à tout prix demeurer caché, alors qu’ils effleuraient déjà le tissu, comme dans un film à suspense ? Encore une question sans réponse… Bien insignifiante par rapport à sa jumelle : comment Will allait-il s’en tirer cette fois ?

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MessageSujet: Re: "La grande amitié n'est jamais tranquille"   Dim 29 Sep - 9:20

D
écidement cette "mésaventure" avait de quoi lui retourner la tête, heureusement qu'il ne s'était pas excessivement embarqué sinon il n'aurait décemment pas pu faire volte face ainsi en avançant le fait que cette porte n'avait rien et que l'erreur était sienne. De toutes évidences il avait tout de même quelques réflexes émoussés et cette nouvelle aurait pu le satisfaire si cela ne l'avait pas fait frôler un imbroglio. Dans tous les cas lorsqu'il se retourna en livrant officiellement son avis il put constater que son histoire tenait debout aux yeux de la demoiselle car il ne sentit aucune trace de méfiance dans son sourire amusée.

    ▬ " Pour le moment, tout à l’air de tenir le choc. Avec tout ce qui t’est arrivé, c’est compréhens … " Cette phrase n'eut pas l'occasion de s'achever correctement car June fut victime d'un impromptu éternuement qui entraîna la réplique convenu dans ces cas de figures.
    ▬ " A tes souhaits. " Le regard du britannique dévia alors sur la caisse que la jeune femme posait sur le sol et constata que son ami félin était déjà prêt au voyage qui l'attendait. " Avec quoi l'as-tu soudoyé pour réussir ce miracle ? "

Q
uestion on ne peut plus légitime lorsque l'on pouvait savoir les multiples expériences de chasse au félin qu'il y a pu avoir dans cet appartement dans l'unique but de mettre la créature dans cette caisse. Sur cette interrogation Will se détourna un peu de la scène pour fermer cette porte qui avait failli passablement l'ennuyer.

    ▬ " Benjamin, ça t’ennuie si je te pique un mouchoir ? " Cette réplique attira l'attention de l'intéressé dont le regard ne tarda pas à se poser sur la main de la demoiselle qui s'approchait de son manteau. L'esprit du britannique qui se remettait finalement des derniers chocs n'eut absolument aucun mal à faire le dangereux rapprochement entre cette innocente main et le contenu d'une des poches de sa veste. Une telle rencontre allait être plus difficile à justifier que celle du couteau et Will n'avait absolument pas envie de s'enfoncer dans son mensonge et c'est donc à quelques anciens réflexes qu'il fit appel.
    ▬ " Attend ! "

C
es syllabes étaient trop hautes, trop brusques pour paraitre normale mais tout cela était maitrisé pour que June stop son geste. Cette première étape il fallait justifier cet étrange ton et faire oublié son objectif à la jeune femme durant quelques instants. La main tendue vers son manteau il fit volte face et alors qu'il enchaînait avec un pas en avant il fut prit d'un vertige qui fit heurter sans grand ménagement son épaule contre la porte. Exploiter la fibre protectrice que June nourrissait à son encontre n'allait guère soulager son esprit qui estimait déjà s'être trop enfoncé dans le mensonge mais c'était malheureusement une chose bien trop facilement exploitable dans cette situation pour qu'il passe à côté. Lourdement appuyé contre la porte, il ramena sa main sur son front tout en fermant les yeux le temps de s'assurer que June avait mordu à cet éhonté hameçon. Quand il rouvrit les yeux ce fut pour afficher un léger sourire contrit à la demoiselle et c'est d'un ton beaucoup posé, comme pour s'excuser de cette interpellation trop brusque qu'il comptait mettre sous la justification de son prétendu état, qu'il reprit la parole.

    ▬ " Je crois bien ne plus avoir de mouchoirs dans cette veste. "

U
sant là encore de cette fierté toute masculine qui consistait à faire l'impasse sur ce vertige impromptu qui l'avait saisi il se détacha prudemment de la porte et partie attraper cette malheureuse veste et en tâta ostensiblement les poches pour justifier ses dires avant d'en attraper une autre et d'en sortir le fameux paquet qui avait failli être la source de quelques problèmes. Il le tendit à la demoiselle avant de raccrocher la veste et de garder l'autre et son douteux contenu sur son bras, bien décidé à ne plus être obligé de jouer la comédie à cause d'imprévu.


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